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C’est un peu par hasard que je me suis laissée entraîner pour aller voir cette adaptation au Théâtre des Béliers Parisiens, en ne connaissant le roman que de nom. Une agréable surprise !

Déjà, annonçons tout de suite la couleur : une petite salle, une ambiance intimiste, et par conséquent, un public deux fois plus réceptif. Ca, c’est l’aspect pratique.
Parlons plutôt de la représentation en elle-même. La Liste de mes envies retrace l’histoire de Jocelyne, une arrageoise de 47 ans mariée à Jocelyn, un adepte de la Tourtel, et mère de trois enfants, dont le dernier est mort-né. Détentrice d’une petite mercerie, Jocelyne nous parle de sa vie, relate ses épreuves, raconte ses habitudes. Elle évoque des sujets qui nous sont communs, à nous petits spectateurs : les déboires qu’elle rencontre avec son fils, sa féminité, sa sexualité, la mort de sa mère, l’obstacle des six minutes qui la sépare de son père…
Quel étonnement dès lors de découvrir sur scène… un homme ! Mikaël Chirinian, qui assurera seul l’heure de spectacle, endossant tour à tour les rôles du mari, des enfants, des amies de Jocelyne. Une mise en scène sans superflu : tout y trouve sa place.
L’histoire n’est pas racontée dans l’ordre chronologique. Elle s’ouvre sur un évènement majeur qui légitime tous les flash-backs, et qui permet de les intégrer de façon totalement naturelle : Jocelyne gagne à l’Euromillion. Je ne cache pas que je suis d’habitude plutôt réticente à une telle approche. Et pourtant, là, ça ne m’a nullement dérangée. Il était facile de faire soi-même la reconstitution des évènements, et très facile aussi de distinguer les différents personnages pourtant tous interprétés par le même comédien.
J’aurais tout de même quelques reproches à adresser à cette représentation : d’abord, un comédien au débit bien trop rapide. Impossible parfois de comprendre une phrase trop vite prononcée. Et puis, du point de vue diégétique, une trop grande convergence de stéréotypes entourant la protagoniste : un père atteint de la maladie d’Alzheimer, une mère décédée, un mari alcoolique (le cliché du Nordiste par excellence contre lequel je ne peux m’empêcher d’élever ma voix !) et violent, un enfant mort né, un fils indifférent, une fille à l’étranger… Tellement de clichés entourent le personnage : à un moment, on n’y croit plus. Et c’est là que l’on comprend : tant de malheurs ne font que mettre en relief le contraste avec cette chance dont tout le monde rêve, celle de devenir millionnaire, d’avoir en sa possession, sous le talon de sa chaussure cachée dans un placard, le pouvoir de changer intégralement le cours de sa vie. Et pourtant, le choix de Jocelyne sera de n’absolument rien changer…

Finalement, j’ai mené ma petite enquête. Si j’avais lu le livre, j’aurais sûrement été beaucoup moins étonnée de découvrir un homme dans le rôle de Jocelyne. Un choix audacieux qui honore son auteur, Grégoire Delacourt, le premier homme à s’être glissé dans le costume de Jocelyne !

La Parisienne

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