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La Stratégie Ender,
Orson Scott Card,
Ma Note : 14/20

Mon histoire avec la Stratégie Ender ne s’est pas déroulée selon l’ordre logique des choses, un ordre je me plais habituellement à respecter. Non non. J’ai commencé par me rendre à la séance de cinéma du film, attirée par le charisme d’Harrison Ford. Hum. Je ne ferai pas l’apologie de l’adaptation sur grand écran, car mon article sera suffisamment comparatif pour vous permettre de vous faire une idée sur ce que j’en pense. Je suis allée lire quelques critiques, et le point de vue des lecteurs semblait s’accorder pour clamer la pauvreté de l’adaptation par rapport à la richesse de l’écrit : et c’est là que m’est venue l’envie de lire l’ouvrage.
Le temps a un peu passé, et un beau jour… Je me suis retrouvée dans le hall d’une gare, à chercher une lecture pour occuper quatre heures de trajet. « Tiens, regarde ! C’est le film que l’on est allés voir ! Tu voulais pas en lire le bouquin ? » Adjugé vendu. C’est comme ça que j’ai fait la réelle connaissance d’Ender.

Ender est un petit garçon de six ans, qui vit dans un monde futuriste pas si éloigné du nôtre. C’est un « troisième », autrement dit, le dernier espoir de ses parents qui ont bravé les lois et les préjugés pour autoriser sa naissance. Dans ce monde au destin parallèle à celui que nous lui connaissons, les enfants sont équipés dès la naissance d’un moniteur, et sont éduqués pour devenir des soldats de guerre, chacun dans l’espoir d’intégrer une prestigieuse formation militaire dans une école d’élites. Et l’on ne tarde pas à découvrir que tous les espoirs de la planète reposent sur lui, le seul capable à sauver l’Humanité d’une nouvelle attaque des Doryphores, créatures venues d’ailleurs et déjà terrassées lors d’une première guerre…

C’est le genre de livres dont la fin fait TOUT. Celui que vous lisez en l’appréciant, et qui vous surprend tellement avec ses dernières pages que vous mourrez d’envie de le relire. Moi, j’ai un peu triché : c’est le film qui s’est plutôt laissé regarder sans animer en moi une grande passion, et dont la fin m’a tellement retournée – ça, c’est sûr que je ne l’avais pas vue venir ! – que je me suis dit : il faut approfondir.
Déjà, pour poser les bases, il faut bien souligner que le film ne met pas autant l’accent sur le jeune âge de Ender que le livre. L’adaptation cinématographique passe en effet sur tout ce qui, pour moi, fait la grandeur du personnage, et aussi sa fragilité : la peur qu’il a de ressembler à son frère (un aspect totalement éludé sur grand écran), l’amour qu’il porte à sa sœur, le rapport qu’entretiennent les deux au fur et à mesure de la progression de la diégèse, les doutes auxquels Ender est en proie, et surtout, la lenteur, les difficultés qu’il rencontre. Voilà le plus gros reproche qu’il faut vraiment adresser au réalisateur : sur les deux heures et quelques que dure le film, Ender progresse à une vitesse fulgurante, là où le livre se déploie en réalité sur plusieurs années ! Disparues également les véritables amitiés qui mettent en relief la profonde solitude à laquelle Ender est livré, le dégoût qu’il s’inspire. Le film est sans nuances : Ender a des amis, quelques rares ennemis (bien moins que dans le livre !) mais aucun Bean à l’horizon, ni même d’Alai. La solitude et la fatigue se font plus supportables… En bref : on entre moins bien dans la psychologie du personnage qu’à travers les mots. Est-ce nouveau ? C’est le tort de grand nombre d’adaptations me semble-t-il…
Mais il faut quand même reconnaître une grande qualité au film : les scènes de combat. Certes, tout est décrit minutieusement par Orson Scott Card. Mais je dois avouer que j’avais beaucoup de mal à projeter ces scènes. Si le souvenir du film n’était pas venu supporter ma lecture, j’aurais très certainement été découragée par ces descriptions un peu maladroites, peut-être mal traduites (pour s’en assurer, il faudrait jeter un coup d’œil à la VO). C’est toujours l’avantage de l’adaptation : l’imagination est épaulée par la visualisation. Parfois c’est une limite, mais en l’occurrence, cela m’a bien soulagée.
Il faut ajouter à ces variantes de support un fond commun : une critique assez solide de la société. Qui est le colonel Graff pour se servir ainsi d’Ender comme d’un vulgaire objet destiné à sauver l’Humanité ? Le contraste est saisissant entre le traitement que la société inflige à Ender, non seulement à l’école de guerre, mais également depuis sa naissance, et l’hypersensibilité dont il est victime. La portée réflexive de l’intrigue n’est pas à sous-estimer, l’auteur y dresse une  peinture révoltante de la manipulation des êtres humains, et l’aspect politique est réellement omniprésent, comme en témoignent les costumes de Locke et Démosthène, totalement inexistants dans le film.

En résumé : pour la Stratégie Ender, lecture et visionnage se complètent. L’un pour l’abondance de détails inexistants dans le film, l’autre pour une projection plus aisée de scènes difficilement conceptualisables à travers les mots. La note attribuée ne rend pas forcément compte du plaisir que j’ai eu à dévorer le livre ; seuls les petits bémols que j’ai soulignés en sont responsables. L’univers est à découvrir, et je ne tarderai pas à me procurer le tome 2 !

La Parisienne

PS : Le livre a été écrit en 1985… Impressionnant, non ? ;)

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