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12 years a slave
Ma note : 15/20

Dans la série esclavagisme, lois raciales et Martin Luther King, je continue dans la lancée de la Couleur des sentiments en vous parlant aujourd’hui de 12 years a slave, un film que je suis allée voir la semaine dernière au cinéma. Me doutant que ce film serait une épreuve émotionnelle et psychologique, je n’avais pas prévu de le voir avant d’être confortablement installée chez moi devant ma télé, bien préparée mentalement. Le sort en a décidé autrement lorsque ma meilleure amie m’a proposé d’aller le voir sur grand écran.

L’histoire se déroule quelques années avant la guerre de Sécession. Les lois esclavagistes sévissent dans certains états américains, mais pas dans tous. Salomon vit dans l’état de New York, où il mène une existence d’homme libre avec sa femme et ses deux enfants. Comme tous les ans, sa femme doit s’absenter pour son travail, et emmène leurs enfants avec elle. Salomon, resté seul dans leur maison, rencontre deux hommes qui lui proposent de mettre à profit ses talents de violoniste au sein de leur cirque pendant deux semaines à Washington, contre un salaire généreux. Une semaine s’écoule sans problème : Salomon est invité au restaurant, reçoit son salaire, et abuse involontairement de l’alcool qu’on lui sert à flots… pour finalement se faire violemment enlever, séquestrer, et envoyer dans un état esclavagiste du Sud où il sera vendu.

Vous l’aurez compris, la trame du film est très prenante. On s’attache très rapidement à Salomon qui apprend vite de ses erreurs, et ne renonce à sa dignité que pour sauver sa vie. Ayant d’abord dévoilé sa véritable identité d’homme libre et lettré, il ne tarde pas à la dissimuler lorsqu’il se voit trahi pou avoir accordé trop rapidement sa confiance à la mauvaise personne. Salomon aura deux maîtres au cours du film : le premier, bien que lâche, nous est présenté comme généreux, bienveillant et reconnaissant. Il ne tardera pas à vendre Salomon pour assurer sa propre sécurité, à un maître beaucoup plus dur, alcoolique, pervers et violent. L’ironie veut que Salomon soit beaucoup plus intelligent, cultivé et civilisé que ses persécuteurs.
Il faut être un public averti avant d’aller voir ce film. La violence se déchaîne, et j’ai détourné le regard de l’écran de nombreuses fois pour ne pas voir des scènes insoutenables, et ce dès le début. Le passage qui m’a le plus marquée est celui où l’on voit Salomon pendu pendant de très, très, très longues minutes. Aucun bruit de fond. Les autres esclaves continuent à vaquer à leurs activités. Aucun regard ne lui est accordé. Aucune aide ne lui est apportée, jusqu’à ce verre d’eau salvateur. Une journée entière s’écoule, où l’on voit Salomon piétiner dans la boue pour ne pas suffoquer. Lorsqu’enfin, Benedict Cumberbatch arrive. Salomon est donc vendu, de nouveau maltraité… Il assiste lui-même à des séances de torture à la fois psychologique et physique. Je pense à Patsey fouettée pendant près de 10 minutes (oui, 10 minutes, je suis allée vérifier) dans une scène qui pour moi était inédite. On ne se contente pas de plans successifs sur les visages du maître et de sa victime. Non. On voit bel et bien les marques du fouet se greffer sur le dos de Patsey pendant que Edds la bat. Et puis, Salomon rencontre Brad Pitt et l’affaire est pliée en deux temps trois mouvements : adieux à l’esclavage, retour à la civilisation, retrouvailles émouvantes avec sa famille…

Une histoire vraie. Ouaw. Evidemment, ça ne pouvait que bien se terminer. Ceux qui ont eu moins de chance que Salomon n’ont pas eu l’aubaine de témoigner. Le dénouement est à mon goût un peu vite amené. L’on sent que Brad Pitt sera celui qui sauvera la mise à Salomon. Pour une aventure si éprouvante, j’aurais aimé que l’on joue sur le temps.
D’autre part, en dehors de cette fin avortée, j’ai un reproche à adresser au sujet des personnages qui sont très rapidement balayés. Toute l’attention se concentre sur Salomon, et nous ne nous attardons sur personne d’autre. Je comprends le choix du réalisateur d’évincer les autres personnages, il se justifie : Salomon est seul, il ne fait confiance à personne… Oui… Mais certains personnages auraient mérité d’être creusés : Eliza, Patsey jeune protégée du méchant maître Epps (je ne me souvenais même plus de leurs noms, j’ai dû aller vérifier). Et puis, la présentation est tellement manichéenne, tellement américaine ! Les gentils d’un côté, les méchants de l’autre. Est-ce juste ça, l’histoire de l’esclavagisme aux Etats-Unis ? Le seul personnage nuancé est le premier maître, pris entre ses moyens plutôt limités, son besoin de main d’oeuvre et de productivité, son désaccord moral avec ses actes et sa mauvaise conscience. Le plus intéressant selon moi. Et en plus, j’adore cet acteur !
Autre reproche : la scène du début, que l’on retrouve au milieu du film. On y voit Salomon dans les bras d’une femme, que je n’ai d’ailleurs pas reconnue. Je me suis vraiment demandé ce que ça faisait là. Et pourquoi le film s’ouvrait avec cette scène qui nous induit en erreur sur l’intrigue à venir. En y réfléchissant, je pensais que cela pouvait voir un lien avec la volonté de Salomon de ne pas oublier sa femme. J’ai cru à des remords, me disant qu’il l’avait trompée, qu’il était tombé amoureux d’une autre. Pas du tout. Pourquoi cette scène ? Je ne sais vraiment pas comment l’interpréter.

En résumé : je suis sûrement un peu trop sensible pour ce genre de films. L’histoire de 12 years a slave m’a profondément touchée, surtout lorsque l’on sait qu’il s’agit d’une histoire vraie, malgré quelques bémols dans la réalisation. Cependant, je ne pense pas que je serai prête à le revoir… un seul visionnage aura suffi à me marquer pour le reste de ma vie. Et c’était peut-être le but.

La Parisienne

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