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Le Sel de nos larmes,
Ruta Sepetys

Ruta Sepetys est une auteure que j’avais déjà rencontrée avec son premier roman bouleversant, Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre. Un récit incroyable que j’avais lu lorsque j’étais adolescente, et qui m’avait profondément marquée. C’était, je crois, le premier roman historique que je lisais, sur un événement dont on ne sait finalement pas grand chose : la déportation en Sibérie. Je n’ai bien évidemment pas pu échapper au phénomène de la publication de son nouveau roman, Le Sel de nos larmes. Aussi, lorsque j’ai vu que Babelio organisait une rencontre avec l’auteure, j’ai bien évidemment sauté sur l’occasion ! Un grand merci à Babelio et Scripto pour cette lecture.

Le résumé

Hiver 1945. Quatre adolescents. Quatre destinées.
Chacun né dans un pays différent. Chacun traqué et hanté par sa propre guerre.
Parmi les milliers de réfugiés fuyant à pied vers la côte devant l’avancée des troupes soviétiques, quatre adolescents sont réunis par le destin pour affronter le froid, la faim, la peur, les bombes… Tous partagent un même but : embarquer sur le Wilhem Gustloff, un énorme navire promesse de liberté…

Mon avis

Qui parmi vous n’a jamais entendu parler de l’histoire du Titanic ? Personne, puisque Léo et Kate se sont bien arrangés pour faire passer cet événement ahurissant à la postérité. Certainement le naufrage le plus connu au monde, et pourtant, le Titanic n’est pas en première place du classement.
Retournons la question : qui parmi vous a déjà entendu parler de l’histoire du Wilhem Gustloff ? Je suis prête à parier que personne ne connaît ce bateau, qui pourtant a fait le plus de victimes dans toute l’histoire des catastrophes maritimes humaines.

Le point de départ de cette histoire, ce sont quatre adolescents de nationalités différentes : une Lituanienne, une Polonaise, un Prussien et un Allemand. Quatre héros très jeunes, façonnés par leur histoire, auxquels on se surprend à s’attacher, ou qu’on apprend au contraire à détester. Et c’est probablement là où réside la plus grande force de Ruta Sepetys, à travers la très large palette de ses personnages qui nous apprennent à ressentir une foule d’émotions. Tout y passe : la joie, l’espoir, la peur, la haine… Rares sont les livres à m’avoir fait ressentir autant de sentiments à la fois. 
J’ai le coeur brisé de quitter ces personnages auxquels je me suis tant attachée. Tous m’ont bouleversée, j’ai appris à en détester certains, j’en ai adoré d’autres… J’ignore comment ouvrir un nouveau livre après une telle lecture.

Je craignais un dénouement beaucoup trop romancé, je m’étais tant attachée aux personnages que je ne voulais pas les voir disparaître… mais il fallait bien être fidèle à la réalité, celle qui nous inculque que moins de 1000 personnes ont survécu à ce naufrage sur les quelques 10 000 personnes embarquées… pour un bateau d’une capacité de 1500 passagers à bord.

Comme dans le précédent roman de l’auteure que j’avais déjà lu, l’Histoire prend une dimension très importante dans le récit, elle en devient presque un personnage à part entière. La fresque dépeinte par Ruta Sepetys est loin d’être un « simple » contexte qui sert à propulser sa fiction, c’est au contraire une véritable leçon d’histoire à laquelle nous assistons. Ce que j’aime avec ses romans, c’est cette capacité de déterrer des sujets méconnus voire enfouis et d’en parler, d’attirer l’attention sur eux, pour ne pas oublier. 

On pense connaître par coeur l’histoire de la seconde guerre mondiale, mais cette période est loin de nous avoir livré tous ses secrets. C’est avec le film Monuments’ Men que j’ai découvert le traffic d’art, et c’est grâce à Ruta Sepetys que j’ai découvert Koch, la Chambre d’ambre et l’opération Hannibal.
Il est inimaginable de se dire que plus de 9000 personnes ont péri sur le Wilhem Gustloff en tentant de rejoindre l’Allemagne depuis la Pologne, et que nous n’en avons jamais entendu parler. Comment ne peut-on pas apprendre cela à l’école ? Comment peut-on ignorer une catastrophe maritime de cette ampleur ? Comment ? 
Merci, merci Ruta Sepetys de m’avoir tant appris.

« L’Histoire nous divise, certes, mais par le biais de la lecture, de l’étude et du souvenir,
elle peut aussi nous unir. Les livres font de nous une communauté de lecteurs internationale, luttant pour tirer parti des leçons du passé. (…)
Une fois les survivants disparus, il ne faut pas laisser la vérité disparaître avec eux. »
Ruta Sepetys

En conclusion

Il est une phrase célèbre de Gandhi qui dit « Ne pas prendre en considération l’histoire, c’est s’exposer à ce qu’elle recommence ». Voilà qui résume très bien la démarche de Ruta Sepetys à travers ses romans : apprendre, transmettre, se souvenir. Le Sel de nos larmes est un roman incroyable, bouleversant, dont vous peinerez à vous remettre. Il est absolument inimaginable de se dire que cette Histoire est la nôtre, qu’elle s’est réellement produite, et que personne n’en a jamais parlé. Un roman à lire absolument, pour toutes les valeurs qu’il incarne, pour toute l’histoire qu’il nous enseigne.

Notation 7 Inoubliable

La Parisienne

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