Bilqiss,
Saphia Azzedine

Bilqiss est un roman que j’avais très envie de découvrir après la chronique de mon amie Pretty Books (qui me l’a d’ailleurs offert, merci encore !) : son thème fort promettait de me bouleverser. La défense des droits des femmes est un sujet qui me tient énormément à coeur, et je savais que cette lecture laisserait des traces. Je ne m’étais pas trompée… 

Le résumé

« Vous priez encore Dieu ? – Bien sûr. Pourquoi ne le ferais-je pas ? – Eh bien, il me semble qu’Il vous a abandonnée ces derniers temps. – Allah ne m’a jamais abandonnée, c’est nous qui L’avons semé. » Bilqiss est l’héroïne de ce roman : c’est une femme indocile dans un pays où il vaut mieux être n’importe quoi d’autre et si possible un volatile. On l’a jugée, on l’a condamnée, on va la lapider. Qui lui lancera la première pierre ? Qui du juge au désir enfoui ou de la reporter américaine aux belles intentions lui ôtera la vie ? Le roman puissant de Saphia Azzeddine est l’histoire d’une femme, frondeuse et libre, qui se réapproprie Allah.

Mon avis

Il m’aura fallu une après-midi entière pour découvrir ce livre, et je n’ai pas l’impression d’être la même après l’avoir refermé. En soi, c’est un récit plutôt court, puisqu’il ne fait que 220 pages. Pourtant, c’est un concentré d’émotion, d’indignation, et d’injustice tel qu’il m’aura fallu de nombreuses pauses pour parvenir à la fin. J’avais besoin de reprendre corps avec la réalité, de souffler après certaines scènes si violentes qu’elles m’ont soulevé le coeur.

Bilqiss, c’est l’histoire de cette femme, dans un pays du Moyen Orient qui ne sera jamais réellement nommé. Une femme résolument moderne, qui refuse sa condition, et qui est condamnée à la lapidation pour avoir appelé à la prière. Une femme condamnée à mort de la façon la plus atroce qui soit parce qu’elle a le malheur d’acheter des aubergines sans les faire découper, de porter des soutien-gorges et de lire des livres d’histoire.
Bilqiss est une héroïne incroyablement inspirante, qui m’a renvoyée à ma petite condition de femme occidentale au 21ème siècle. De quoi puis-je bien oser me plaindre, moi qui vis dans un tel luxe, qui ai le droit de travailler et de m’habiller comme je l’entends, qui peux vivre seule, qui choisis guider ma vie comme je le souhaite sans qu’aucun homme n’ait son mot à dire ? Bilqiss incarne l’une des si nombreuses raisons pour lesquelles, en tant que femme, j’ai envie de hurler et de me battre pour faire entendre les droits de chacune de mes semblables à travers le monde.

Sophia Azzedine use d’un langage fort, parfois choquant, pour laisser son empreinte sur le lecteur. Sans détour ni artifice, on comprend la réalité de ce pays où les hommes régissent la société. De très nombreuses réflexions ont fait écho à ma révolte, et j’ai trouvé le texte très juste. Pourquoi, par exemple, est-ce aux femmes de se couvrir pour ne pas tenter les hommes, lorsque ce sont les hommes qui sont incapables de se retenir ?
A travers ses monologues intérieurs et son plaidoyer face au juge, Bilqiss incarne la parole de toutes ces femmes bafouées qui n’ont pas le droit à la parole dans un pays si barbare… Et surtout, cette femme dénonce, et refuse de se soumettre. Même enfermée, Bilqiss reste libre.

En refermant ce roman, j’étais révoltée. Sous le choc. Et encore plus déterminée. Non, ce n’est pas normal de commettre de telles atrocités au nom de Dieu. Et sans même user d’une quelconque religion, d’ailleurs.

En conclusion

Bilqiss est un roman fort, un coup de poing, une lecture qui nous prend aux tripes, nous arrache le coeur, nous retourne l’estomac, et nous laisse complètement désorienté. C’est une lecture qui laissera ses marques. À lire. Impérativement.

Notation 7 Inoubliable

La Parisienne

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