À la place du coeur, saison 2
Arnaud Cathrine

En fin d’année dernière, j’avais été très émue et secouée par ma lecture du premier tome d’À la place du coeur, un roman qui parlait des attentats contre Charlie Hebdo, racontés du point de vue d’un adolescent. J’ai d’ailleurs eu la chance d’échanger longuement à Montreuil avec son auteur, Arnaud Cathrine, qui m’avait parlé brièvement de cette suite. Un immense merci à la collection R pour l’envoi de ce livre coup de poing.

Le résumé

Cette saison est celle de l’éprouvant retour de Caumes à la vie. Il est raconté par son cousin, Niels, depuis la côte Atlantique : tout un été à tenter de sortir Caumes de sa torpeur muette et rageuse. Puis c’est Esther qui prend la parole : elle dont Caumes s’est peu à peu éloigné ; elle dont l’amour ne lâche pas ; elle qui, faute de pouvoir tourner la page, s’est persuadée qu’un après était possible dans ses bras. Mais ces jeunes adultes sont aussi les enfants de novembre, les enfants du Bataclan, du Carillon, du Petit Cambodge. La vie n’a pas fini d’être mise à l’épreuve. La vie n’a pas fini d’être à réinventer.

Mon avis

Ce roman fait partie des sorties de l’année que j’attendais avec le plus d’impatience. Et sachez, mesdames et messieurs, que l’histoire ne s’arrête pas là, puisque j’ai découvert à la fin du livre qu’une troisième saison était en cours de préparation !
À la place du coeur fut l’an dernier une révélation, un roman que j’ai adoré, qui m’a transpercée, qui a laissé ses marques, et que je n’ai de cesse depuis de recommander dans mon entourage. Je sais que ce sera également le cas pour cette suite qui m’a, encore une fois, énormément touchée.

D’emblée, j’ai été surprise d’ouvrir le roman et de découvrir un autre point de vue que celui de Caumes. Trois narrateurs vont se succéder : tout d’abord Niels, le cousin de Caumes, qui observe le comportement de son cousin l’été qui suit les événements de janvier. Personne ne lui a rien dit de ce qui s’est produit, et il apprend la vérité tout en tâtonnant pour chercher quel comportement adopter, attestant encore une fois que l’être humain est souvent démuni face au deuil des autres. Faut-il laisser couler en se disant que « ça passera », que « c’est normal », qu’ « il faut du temps » ? Faut-il au contraire secouer son cousin pour le faire sortir de sa léthargie ? Comment agir face à une personne qui traverse un moment aussi douloureux ? Son impuissance est désarmante.
Puis, ce sera au tour d’Esther de prendre la parole et de nous raconter les choses de son point de vue. La difficulté contre laquelle elle se bat. Et enfin, Caumes nous livrera ses pensées en dernier.

Je m’attendais à ce que cette deuxième saison soit davantage concentrée sur les attentats de novembre, et finalement, cet épisode n’intervient qu’à la fin. Et ce n’est pas plus mal. Ce tome est tout aussi intimiste que le premier : nous vivons la douleur de Caumes, à travers les yeux des autres, puis à travers les siens. Nous sommes tout aussi démunis que lui, et j’ai été très touchée par ces introspections successives.
Et puis la réalité reprend le dessus et s’impose à nouveau. Cette horreur sans nom qui touche cette fois encore des innocents. Se dire qu’on aurait pu y être, qu’à peu de choses près c’était nous. La douleur de connaître des gens qui y étaient, qui y sont morts. Je suis parisienne et je connais ça. Pour le coup, j’ai vécu la même histoire que Caumes à ce moment-là, et c’est une histoire que j’ai partagée avec des milliers d’autres parisiens. Cette histoire qui est désormais la nôtre. Cette horreur qui recommence et sur laquelle il est si difficile de mettre des mots.

J’ai aimé que la parole soit laissée à l’incrédulité. À l’incompréhension. J’ai aimé cette sobriété, qui était déjà présente dans le premier tome. J’ai aimé ce roman autant que le précédent, même s’il est très différent. Ne passez pas à côté de cette lecture.

En conclusion

Cette deuxième saison est pour moi totalement à la hauteur du premier tome d’À la place du coeur. Encore une fois, l’auteur a réussi à me surprendre. J’ai aimé cette immersion dans les pensées de Caumes et ses amis, j’ai aimé leur franc parler, j’ai aimé cette écriture incisive qui nous livre des émotions à l’état brut. Un roman incroyablement fort et indispensable, un coup de poing à lire impérativement.

La Parisienne

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