« Arrête avec tes mensonges »
Philippe Besson

La semaine dernière, j’ai été invitée à la remise du prix Psychologies du roman inspirant, dont le président était Baptiste Beaulieu. Le prix a été décerné à Philippe Besson pour ce roman, et l’émotion dans sa voix, ainsi que les mots du jury m’ont convaincue : ce livre m’appelait, je me devais de le lire. Et j’ai bien fait.

Le résumé

De passage dans sa région natale, le narrateur, qui n’est autre que Philippe Besson, aperçoit au détour d’une rue une silhouette, un visage, dont la ressemblance avec son premier amour le frappe tel un coup de poignard. S’ensuit le récit de la rencontre, vingt-cinq ans plus tôt, entre deux adolescents que tout oppose : l’un, plutôt timide, est fils d’instituteur, élève studieux et lecteur chevronné ; l’autre est enfant de paysans, rebelle, charismatique et mystérieux, coqueluche des filles du lycée. Leur attirance est immédiate, sans équivoque. Leurs étreintes clandestines se déroulent dans un émerveillement teinté de culpabilité et de déni. Le secret qui les entoure n’en accentue que davantage l’intensité. Mais Thomas se montre incapable d’exprimer ses sentiments, d’accepter ce qu’il est. Il disparaît de la vie du narrateur aussi soudainement qu’il y était entré, laissant au jeune Philippe la blessure d’un premier amour au goût d’inachevé. Lorsque ce récit prend fin, des années après, l’auteur apprend avec une infinie tristesse que le Thomas si lumineux de sa jeunesse a passé sa vie à tenter de contrecarrer sa nature, à la dissimuler aux yeux de tous, précipitant ainsi sa fin tragique.

Mon avis

Ce roman n’en est pas un. Il s’agit davantage d’un récit autobiographique qui nous fait voyager au coeur des souvenirs de Philippe Besson. Un récit introspectif où l’auteur se livre sur son amour de jeunesse qui a marqué le reste de sa vie, et qui a probablement construit l’auteur dans ses relations amoureuses.
Tomber amoureux pour la première fois est un moment de notre vie que nous connaissons tous, surtout à l’adolescence. Pour Thomas et Philippe, ce moment leur est volé, ils sont obligés de vivre dans la clandestinité et de s’aimer en cachette.

Ce récit nous plonge au coeur de l’intime. Et lorsque l’on se déshabille autant, lorsque l’on se met autant à nu, il est difficile pour le lecteur de ne pas ressentir l’émotion, l’authenticité, la sincérité de ce qui est décrit. Comme cet exercice doit être difficile ! Je suis admirative du travail effectué par l’auteur, mais aussi de la force de Lucas, ce fils incroyable, qui accepte ce qu’était son père, qui accepte que son secret soit révélé.
Auriez-vous la force, vous, d’avouer au monde entier vos premières relations (amoureuses et sexuelles) ? Tout en sachant que tout le monde pourra vous lire. Votre famille, vos amis, tous les gens qui vous connaissent, et même ceux qui ne vous connaissent pas… Je ne pense pas que j’en serais capable, et je trouve ça si beau pourtant.

A  ce récit, Philippe Besson intègre des éléments de sa vie d’écrivain, et l’on comprend progressivement que tout est lié, que rien n’est laissé au hasard, et que chacun de ses romans nous livre une part de lui-même. Au fond, cela répond à l’une des mes croyances : un auteur ne peut écrire sans se départir totalement de sa propre histoire. Je pense que chaque écrivain nous donne une grande partie de lui dans son oeuvre. (Ca ne vous rappelle pas quelqu’un ? « Madame Bovary, c’est moi », ne cessait de me répéter ma prof de lettres au sujet de Flaubert.)

J’ai aimé la beauté de ce Thomas qui se cherche, et qui pourtant sait. Il sait ce que deviendra Philippe Besson, alors que lui-même l’ignore. J’ai aimé qu’il voit plus loin que leur histoire passagère. Tout comme j’ai aimé la fin de ce roman. Terminer avec cette lettre était la meilleure des fins possibles pour ce si bel hommage.

Ce que je retiens de cette lecture, c’est tout ce temps perdu, cette existence gâchée par le poids des préjugés, de la peur, de l’homophobie certainement aussi… Et je me dis que rien de tout cela ne devrait arriver. Que nous ne devrions pas avoir à vivre cachés à cause des autres. Que tout cela est injuste, que l’on mérite tous de vivre notre amour au grand jour ! Que personne ne devrait s’emprisonner dans une vie qui ne lui correspond pas par convenance.

Dernière chose : oui, Monsieur Besson. Même les jeunes de 20 ans lisent vos romans. La preuve.

En conclusion

Voilà un roman bouleversant sur le premier amour, les premiers émois, la découverte de l’homosexualité. Une introspection touchante de justesse qui soulèvera nécessairement un sentiment d’injustice chez le lecteur : on ne devrait pas avoir à se cacher pour aimer. Peu importe qui l’on aime.

La Parisienne

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