Forbidden
Tabitha Suzuma

Le phénomène Forbidden a beaucoup fait parler de lui au moment de sa sortie VO, que j’avais repérée. Je suis très heureuse que les éditions Milady en publient aujourd’hui la traduction, car j’étais très curieuse de découvrir ce roman… tabou. Je remercie donc Milady pour cette lecture.

Le résumé

Maya et Lochan ne sont pas des adolescents comme les autres. Élevés par une mère alcoolique et instable, ils sont livrés à eux-mêmes et n’ont d’autre choix que d’élever seuls le reste de la fratrie. Forcés de devenir adultes plus tôt que prévu, ils se soutiennent dans l’adversité et finissent par tomber amoureux. Lochan se sent seul au monde, et Maya est la seule à pouvoir le comprendre. Conscient de la monstruosité de cet amour, Lochan est prêt à tout pour bâillonner le désir et les sentiments que sa sœur lui inspire. Mais comment résister alors que Maya a besoin de lui autant qu’il a besoin d’elle ? Est-ce un crime de s’aimer si fort ?

Mon avis

Avec ce résumé, le ton est tout de suite donné : ce livre traitera d’un sujet tabou, celui de l’inceste entre un frère et une soeur. Voilà pourtant un élément que l’on découvre vers la moitié du roman : l’intrigue prend donc beaucoup de place pour s’installer. Je crois que j’aurais préféré découvrir ce roman sans savoir de quoi il allait vraiment en retourner. J’aurais aimé un résumé qui parle d’amour tabou et interdit, qui nous mette en alerte sur le fait que le sujet pourrait être choquant… mais sans pour autant savoir de quoi il allait exactement en retourner. Je pense que l’effet de surprise et le choc en auraient été bien plus grands, et que la lecture m’aurait encore plus marquée que c’est le cas à présent.
Sachant d’avance que cette histoire d’amour allait concerner un frère et une soeur, Maya et Lochan… j’étais déjà prête à comprendre leur comportement en ouvrant le roman, je cherchais des indices, des explications, des « excuses ».

Parlons à présent du coeur du sujet, celui qui fait bien évidemment polémique : l’inceste. Alors oui, lorsque l’on ouvre ce roman, on est au courant. Il ne faut donc pas l’ouvrir en jugeant d’avance ce que l’on va trouver, en condamnant, dans un état d’esprit de « voyeurisme », juste pour se pousser dans ses retranchements. Il faut accepter d’être dérangé par cette histoire d’amour hors norme, il faut accepter de se mettre à la place des personnages et d’essayer de les comprendre, il faut, le temps de 500 pages, les accompagner.
Bien sûr, si je rencontrais dans mon entourage un frère et une soeur qui tombaient amoureux, je serais incroyablement choquée, parce que ce n’est pas une chose acceptée dans notre société. Non seulement parce que c’est illégal (côté qui est très appuyé dans le roman), mais surtout parce que c’est très dangereux : et s’ils avaient des enfants ? Il existe différents types d’amour, et entre frère et soeur… ce n’est pas celui que l’on est censé ressentir. Mais… mais moi, en ce qui me concerne, je suis fille unique. Alors je crois que j’ai eu tendance, tout le long du récit, à omettre que Lochan et Maya sont frère et soeur. J’avais beau le savoir, je l’occultais malgré moi, parce que je ne sais pas vraiment ce qu’est l’amour fraternel, et je pense donc avoir été moins choquée par ce récit que quelqu’un qui a vraiment un frère, par exemple.

Par ailleurs, dès le départ, on comprend que Lochan et Maya agissent comme les parents de leur fratrie, de la famille qu’ils forment avec leurs deux frères et leur petite soeur. Avec un père qui s’est fait la malle et une mère alcoolique et absente la plupart du temps, ce rôle qu’ils endossent a, à mes yeux, favorisé le développement de leurs sentiments l’un envers l’autre. Il y a tout un terrain préparatoire qui explique, qui « justifie » cet amour, qui le rend plus « compréhensible » et « acceptable ».
En vérité, je n’ai pas eu beaucoup de mal à mettre de côté l’aspect incestueux du roman. Je trouve que l’auteur le traite plutôt bien, puisque nos personnages luttent longuement contre leurs sentiments. Ils ont conscience de commettre quelque chose de « contre-nature », mais ils n’arrivent pourtant pas à s’en empêcher… je trouve que cette psychologie assez creusée a donné du réalisme à cette histoire. Nous ne sommes pas dans le cliché de la romance où les barrières vont progressivement tomber. Au contraire, c’est plutôt une longue descente aux enfers qui embarque les protagonistes.

Tout s’accélère dans le dernier quart du roman où l’on sent le drame venir, sans savoir de quelle nature il sera. Comment cette histoire pouvait-elle finir ? Certainement pas bien. Si vous recherchez une happy end, passez votre chemin, car le sujet interdit toute forme de fin heureuse, et tout lecteur se doit de le savoir. Ce n’est clairement pas une fin qui m’a posé problème, j’adore les fins tragiques, je les trouve parfois mille fois plus puissantes que les fins heureuses. Il n’aurait tout simplement pas été cohérent de leur permettre de s’aimer en toute liberté.
C’est cette fin qui fait toute la force de ce roman, qui a dû être tellement difficile à écrire ! Une fin captivante, qui nous tient en haleine, qui nous arrache le coeur. Je l’ai tout simplement adorée.

En conclusion

Ce roman, qui aborde un sujet tabou, est fait pour susciter réactions et émotions. Impossible de rester indifférent au sort des deux héros : nous serons forcément tour à tour dérangés, blessés ou bouleversés par leur destin. Ce livre m’a laissé une incroyable empreinte au coeur, je ne suis pas prête de tourner la page… pourtant, je comprends qu’il puisse choquer, écoeurer, et qu’on puisse le détester. Un seul moyen de le découvrir : vous faire votre propre avis à votre tour.

La Parisienne

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