The Girls
Emma Cline

Je me souviens de la sortie de ce roman en grand format, de l’interpellation de son sujet plutôt inhabituel, et surtout des avis très divergents qui ont rapidement suscité des désaccords. Parmi tout cela, ma curiosité ne m’avait pas poussée à aller plus loin, et je remercie les éditions 10/18 de m’avoir donné envie de sortir de ma zone de confort !

Le résumé

Le Nord de la Californie, à l’époque tourmentée de la fin des années 1960. Evie Boyd a quatorze ans, elle vit seule avec sa mère, que son père vient de quitter. Fille unique et mal dans sa peau, elle n’a que Connie, son amie d’enfance. Mais les deux amies se disputent dès le début de l’été qui précède le départ en pension d’Evie. Un après-midi, elle aperçoit dans le parc où elle est venue traîner, un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l’atmosphère d’abandon qui les entoure la fascinent. Très vite, Evie tombe sous la coupe de Suzanne, l’aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle d’une secte et de son leader charismatique, Russell. Caché dans les collines, leur ranch est aussi étrange que délabré, mais aux yeux d’Evie, il est exotique, excitant, électrique, et elle veut à tout prix s’y faire accepter. Tandis qu’elle passe de moins en moins de temps chez sa mère, et tandis que son obsession pour Suzanne va grandissant, Evie ne s’aperçoit pas qu’elle s’approche à grands pas d’une violence impensable, et de ce moment dans la vie d’une adolescente où tout peut basculer.

Mon avis

Ce roman est étrange et particulier, il serait inutile de vous le cacher. Les premières pages donnent le ton et nous plongent directement au coeur de l’ambiance sex&drugs qui règne dans cette Californie des années 60/70. Car c’est bien cette ambiance qui porte le roman, ainsi que sa narratrice, Evie, que l’on croise à deux périodes distinctes de sa vie.
Au début, j’ai eu du mal à entrer dans ce roman exigeant. Difficultés de concentration, ennui, baisse du rythme de lecture… J’ai rencontré quelques soucis qui se sont néanmoins dissipés au bout d’une centaine de pages, lorsque l’on entre enfin dans le coeur du sujet.

Je n’avais encore jamais lu de livre qui parlait d’une secte, et aussi étrange que cela puisse paraître, c’est pourtant un sujet qui m’intéresse et sur lequel je m’interroge. Faut-il nécessairement être crédule pour y entrer ? Sur quelles faiblesses s’appuient les leaders pour trouver leurs disciples ? Comment « tombe-t-on » sur une telle organisation ? Et, justement, comment s’organisent-elles ? J’ai trouvé quelques réponses grâce à Evie, une jeune adolescente délaissée qui a juste terriblement besoin d’être aimée.

En cela, ce récit est incroyablement glaçant. La distance avec laquelle Evie dépeint les événements tragiques de sa propre vie m’a à la fois tenue en haleine et mise profondément mal à l’aise, ce qui est très probablement l’effet recherché par l’auteure. Il est important de préciser que ce roman s’attache au modèle de la secte Manson, ici fictionnalisé. Si ce cas vous est inconnu, je vous invite à faire quelques recherches rapides pour vous faire une idée de ce qui vous attend avec ce livre.

Je m’attendais à la description de scènes violentes, or ce n’est pourtant pas ce que ce roman contient de plus choquant. En dehors du dénouement, qui ne fut d’ailleurs pas aussi sanglant que je l’imaginais, c’est plutôt le quotidien de ces jeunes filles qui est saisissant : la facilité de leur docilité, le besoin de la communauté, la rapidité de leur résilience… C’est avant tout un roman psychologique qui nous met en garde sur la fragilité émotionnelle de l’adolescence.

En conclusion

Comment résumer ce roman autrement qu’à travers les adjectifs « glaçant », « particulier », « étrange » ? C’est un livre qui dérange et qui met mal à l’aise, et ce n’est pourtant pas en raison de descriptions de violences physiques, mais bien à cause de la manipulation psychologique, et de l’influence de ce Russel sur l’ensemble de la secte. Evie elle-même en est l’exemple. Un livre puissant qui n’est pourtant pas à mettre entre toutes les mains.

La Parisienne

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