Pourvu que la nuit s’achève
Nadia Hashimi

Mon histoire avec Nadia Hashimi a commencé avec son premier roman, La Perle et la Coquille, dont je suis tombée amoureuse. Elle ne s’est jamais arrêtée depuis, et je suis évidemment de très près son actualité littéraire. Elle fait désormais partie de mes auteurs préférés. Un grand merci aux éditions Milady pour cette lecture.

Le résumé

Lorsque Zeba est retrouvée devant chez elle, le cadavre de son mari gisant à ses pieds, il paraît évident aux yeux de tous qu’elle l’a tué. Depuis son retour de la guerre, Kamal était devenu un autre homme, alcoolique et violent. Mais cette épouse et mère de famille dévouée est-elle vraiment capable d’un tel crime ? Présumée coupable, Zeba est incarcérée dans la prison pour femmes de Chil Mahtab, laissant derrière elle ses quatre enfants.
C’est à Yusuf, fraîchement revenu des États-Unis pour régler une dette symbolique envers son pays d’origine, que revient la défense de ce cas désespéré. Mais alors que son avocat l’exhorte à parler, Zeba garde obstinément le silence. Quel terrible secret cache-t-elle ? Qui cherche-t-elle à protéger en acceptant de jouer le rôle du suspect idéal ? Il faudra beaucoup de courage à Yusuf pour braver un système judiciaire corrompu et faire innocenter celle que tout le monde voit déjà pendue haut et court.

Mon avis

Chaque roman de Nadia Hashimi s’attache à décrire la réalité de la condition féminine en Afghanistan, chaque fois par des prismes différents : les bacha posh dans La Perle et la Coquille, l’immigration clandestine dans Si la lune éclaire nos pas, et ici : la justice, les procès, la détention judiciaire et ses conditions précaires lorsque l’on est une femme. Bref, à chaque nouvelle lecture de l’auteure, attendez-vous à vous indigner et vous estimer heureuse d’être née en Occident.

Si j’aime autant Nadia Hashimi, c’est parce qu’elle a ce talent qui nous confronte à une réalité bien trop méconnue, sans jamais tomber dans le drame. Si ses romans sont si poignants, c’est parce qu’ils sonnent malheureusement juste. Et s’ils devraient être lus par le plus grand nombre, c’est justement pour faire évoluer les choses.

Venons-en au coeur du sujet. Ce roman m’a beaucoup interpelée par rapport aux deux précédents en raison de sa construction narrative. Jusqu’à présent, les points de vue alternaient assez nettement entre deux personnages principaux. Ici, la narration est plus subtile : nous sommes tantôt plongés dans l’univers carcéral de Zeba, tantôt dans celui plus judiciaire de son avocat Yousouf, mais l’auteure s’autorise également quelques incursions chez la mère de Zeba ou chez Basir, son fils. autant de points de vue qui font la richesse de ce roman, en nous racontant l’injustice par divers prismes.
Parce que, même lorsque l’on s’attarde dans la prison de Zeba, il n’est pas uniquement question d’elle, mais également de Latifa, Mezghan, Nafisa et toutes les autres qui ont en commun l’injustice dont elles sont victimes. Car si elles sont emprisonnées et ont été jugées coupables, ce n’est que pour un seul crime : celui d’être une femme.

Je ne saurais vous dire à quel point mon coeur s’est serré pour ces destins tous plus bouleversants les uns que les autres. Je me suis également beaucoup interrogée pendant ma lecture : si j’étais née Afghane, ma destinée aurait été toute autre. Me serais-je battue aux côtés de Yousouf pour faire appliquer la loi ? Ou serais-je devenue journaliste, comme la jeune femme dont Yousouf fait la connaissance vers la fin du roman, pour faire éclore la voix de la vérité ? Ce qui est sûr, c’est que j’ai bien de la chance d’être née dans un pays où je suis libre d’épouser qui je veux, et où je ne serai pas lapidée avant d’être jugée sur la base de fausses accusations. Voilà un droit fondamental dont toutes les femmes du monde devraient bénéficier.

Le déroulement de l’histoire est inhabituel, puisqu’un lourd mystère entoure le silence de Zeba. Que s’est-il réellement passé ce jour-là ? Pourquoi refuse-t-elle d’en parler ? Un mystère qui se lève progressivement, et qui m’a une fois de plus serré le coeur pour Zeba. Le courage de cette femme… et son sens du sacrifice…

Que dire de la risibilité des arguments du procureur (je pourrais vous en écrire un article) ? À travers eux, c’est un bien triste constat qui se dégage, empreint du poids de cette société patriarcale : une femme est coupable jusqu’à preuve du contraire. La présomption d’innocence n’existe pas dans un pays où les rumeurs ont plus de valeur que la loi, et encore moins pour les femmes.
J’ai aimé ce dénouement que j’ai trouvé cohérent avec le reste de l’histoire. Une fin totalement heureuse n’est pas envisageable avec une intrigue aussi lourde.

En conclusion

Comment dénoncer toute l’injustice de la condition féminine dans la société patriarcale afghane ? Telle semble être la problématique à laquelle Nadia Hashimi répond brillamment dans chacun de ses romans, ici en s’attardant sur la corruption du système judiciaire et les conditions de vie dans l’univers carcéral. Un roman bouleversant qui raconte ce que c’est d’être une femme au Moyen Orient, que l’on dévore en se sentant à la fois impuissant et chanceux d’être né « dans le bon pays ». Pourtant, lire, c’est déjà agir : ces romans sont des indispensables pour prendre conscience de l’injustice qui régit notre monde et tenter, à notre tour, de le rendre meilleur et plus équitable. À lire absolument.

La Parisienne

De la même auteure :
La Perle et la Coquille
Si la lune éclaire nos pas