Demain il sera trop tard
Jean-Christophe Tixier

Je suis toujours très attirée par les dystopies. C’est un genre qui me fascine car il me semble toujours inventif, mais j’en sors souvent déçue car le schéma narratif est inlassablement le même. Demain il sera trop tard m’a attirée et déçue pour les mêmes raisons (peut-être devrais-je en tirer les conclusions qui s’imposent). Merci aux éditions Rageot pour cette lecture.

Le résumé

Virgil vit dans l’insouciance. Le Terme diagnostiqué à sa naissance fait de lui un 81 (il va vivre 81 ans). Mais un jour, une Brigade tente de l’arrêter. Il s’enfuit. Débute alors sa descente aux enfers.
Enna, elle, est Court Terme et vit dans le ghetto. Elle graffe sa révolte sur les murs des beaux quartiers. Quand son amie est tuée par un groupuscule proche du pouvoir, elle jure de la venger…
Traqué, Virgil rencontre une jeune geek, Lou, analyste de données, qui lutte clandestinement contre le système.
Lui, Enna, Lou et d’autres sont décidés à se battre contre cette société totalitaire qui les a condamnés et à vivre intensément chaque jour, chaque minute, chaque seconde, qui restent !

Mon avis

C’est le point de départ de ce roman qui a attisé ma curiosité : une société dans laquelle on peut déterminer à l’avance la date de notre mort, la durée de notre vie ? Dans laquelle on vit par castes, classés selon le temps qu’il nous reste à vivre ? J’avais hâte de voir comment le sujet serait traité, et j’aurais peut-être pu m’abstenir, car ce roman n’échappe pas à la trame classique de toute dystopie dans laquelle le héros va livrer une lutte sans merci au gouvernement, enclencher une prise de conscience qui mènera évidemment à la révolution et à une happy end.

Certaines idées présentées dans le roman sont vraiment très bonnes : l’inversion des lots, les marques déposées, l’idée du terme. Mais très vite, j’ai trouvé que la confusion était semée. Pour répondre au label, les « rebelles » vont créer un autre label en retour, par exemple. Cette idée m’a vraiment agacée, car au fond, le principe est exactement le même ! Il n’y a que le nom du label qui change. C’est comme si (exemple stupide, pardonnez mon esprit limité) le gouvernement nous imposait de boire du Coca, et que le peuple se rebellait en disant « non, maintenant on ne va boire que de l’Orangina », alors qu’au fond la vraie liberté serait de ne plus boire de soda, quelqu’il soit (ou d’être libre de choisir le soda que l’on veut), mais certainement pas que l’on nous impose autre chose en retour ! Ce tic de langage autour du label déposé a vraiment nui à ma lecture, je trouvais l’idée bonne mais assez mal exploitée.

Autre détail qui ne m’a vraiment pas convaincue : les « pseudos romances » entre les personnages. L’histoire se déroule sur à peine quelques semaines, et Lou tombe amoureuse de Virgile en une soirée, Virgine s’éprend d’Enna qui tire un trait rapide sur son deuil à peine deux jours après la mort de sa compagne, etc. Rien ne m’a paru crédible dans cet enchevêtrement de sentiments, et cet ajout n’était pas un indispensable à mes yeux.

Malgré cela, j’ai apprécié le rythme soutenu du roman, j’ai aimé découvrir les péripéties et les manipulations des différents personnages. J’ai toujours repris ma lecture avec plaisir. J’en attendais certes davantage, mais le tableau que je vous dresse n’est pas si sombre qu’il n’en a l’air.

En conclusion

Demain il sera trop tard part d’une idée dystopique originale, mais n’aura pas su renverser la tendance et me surprendre. J’y ai retrouvé le schéma classique des dystopies que je connais déjà, ce qui me laisse penser que je ne suis plus le public visé pour ce genre de lectures. Un roman agréable à lire mais qui comporte à mes yeux de nombreux défauts.

La Parisienne

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