L’Orangeraie
Larry Tremblay

J’avais repéré ce roman il y a longtemps, lors de sa sortie en grand format. Je n’avais pas encore eu l’occasion de le lire, et lors d’une virée chez Gibert Joseph, je l’ai trouvé au format poche en occasion. Je n’ai donc pas hésité très longtemps avant de me l’offrir.

Le résumé

« Quand Amed pleure, Aziz pleure aussi. Quand Aziz rit, Amed rit aussi. »
Ces frères jumeaux auraient pu vivre paisiblement à l’ombre des orangers. Mais un obus traverse le ciel, tuant leurs grands-parents. La guerre s’empare de leur enfance et sépare leurs destins. Amed, à moins que ce ne soit Aziz, devra consentir au plus grand des sacrifices.

Mon avis

Après avoir terminé un roman comme L’Orangeraie, même s’il est très court (150 pages en l’occurrence), il faut un petit peu de temps pour reprendre pied et se reconnecter à la réalité, à NOTRE réalité. Car tout l’enjeu de ce roman est de montrer de quelle nature est la réalité lorsque l’on habite en Afghanistan. Et comment l’on peut la manipuler, de telle sorte à la rendre acceptable, aussi horrible soit-elle.

Aziz et Amed sont deux frères jumeaux, et pourtant leurs parents vont devoir faire un horrible choix : celui de sacrifier l’un des deux, pour faire de lui un martyre. Une bombe a rasé la maison de leurs grands-parents, et pour venger leur mort, le père des jumeaux va devoir sacrifier l’un d’entre eux. Mais attention, dans l’esprit de ce père, il n’est pas plus grand honneur que de mourir en martyre au nom de Dieu.

Vous l’avez compris, ce roman va aborder beaucoup de questions : la religion, évidemment, la guerre, la mort, les liens fraternels. C’est un sujet lourd et grave dont on se remet difficilement, et j’attendais énormément de ce conte qui nous promet un destin hors norme.
Evidemment, les choses ne se passent pas réellement comme prévu. Il n’est pas difficile pour un lecteur occidental de comprendre où nous mène l’auteur à travers le personnage de Soulayed qui vient chercher Aziz ou Amed, il ne le sait pas, il les confond toujours. Peut-on réellement se fier à cet homme ?

Pourquoi meurt-on, dans ce pays ? Pourquoi mène-t-on la guerre à « ces chiens » d’Américains, de l’autre côté de l’Océan, qui balaie le ciel de bombes ? Le sens de l’honneur et du devoir, la soif de vengeance, et surtout le manque de connaissances et la confiance aveugle en ces chefs de guerre barbares est une clé qui permet à l’auteur d’ouvrir une porte dans notre esprit. Tout cela relève du conditionnement, de l’abrutissement religieux dont ce père est empreint.

Pour autant, avec un sujet comme celui-là, je m’attendais à plus. Plus d’émotions, plus de pages pour les décrire. Je n’ai pu m’empêcher de me sentir tenue à distance de ces drames quotidiens qui se déroulent dans ce pays pourtant pas si éloigné du nôtre, et pourtant à mille lieues de notre réalité. Je m’attendais à être bouleversée, j’ai simplement été touchée par le destin pourtant cruel de ces deux frères de neuf ans, innocents et pourtant condamnés.
Neuf ans. C’est à peine l’âge de mon filleul aujourd’hui. S’il était né dans un autre pays, il serait peut-être mort en martyre avec une ceinture à la taille et un détonateur à la main.

En conclusion

Je suis déçue de ne pas avoir eu le coup de coeur que j’attendais pour ce roman. J’ai ressenti une certaine distance avec les faits, pourtant graves et forts, qui nous sont relatés, et il m’aura manqué beaucoup d’émotions pour pouvoir me toucher davantage. Néanmoins, le sujet traité m’a beaucoup plu et j’ai aimé cette sorte de conte qui fait très justement ressortir l’absurdité de la guerre, et le danger du conditionnement religieux. À découvrir !

La Parisienne