Bad Feminist
Roxane Gay

Roxane Gay est une figure emblématique du féminisme, et cet ouvrage est connu pour être une référence en la matière. C’est donc naturellement que l’attention du Club de lectures féministes s’est tourné vers cette lecture lors de notre dernière rencontre. Je remercie les éditions Denoël pour cet envoi.

Le résumé

Derrière ce titre ironique, Roxane Gay développe une réflexion révolutionnaire et bienvenue sur l’état actuel du féminisme. Lassée des prises de position parfois trop clivantes de certaines organisations féministes, et fatiguée d’entendre des femmes dire qu’elles ne sont pas féministes, elle rappelle que la défense de l’égalité des sexes ne dispense pas d’assumer ses contradictions : on peut aimer la télé-réalité, se peindre les ongles en rose et revendiquer le fait d’être féministe. Bad Feminist regroupe ses chroniques initialement publiées dans The Guardian et sur le site The Rumpus. Roxane Gay y parle de culture, de race, de sexe et de genres, de stéréotypes sur l’amitié féminine, en se fondant sur sa propre histoire de femme noire dans l’Amérique contemporaine. Le portrait qui émerge en filigrane est celui d’une femme au regard d’une incroyable justesse, aussi bien sur elle-même que sur notre société. Une société dans laquelle les produits culturels que nous consommons entretiennent bon nombre de stéréotypes qui finissent par nous définir. Après avoir lu Bad Feminist, vous ne verrez plus les femmes, ni le monde, de la même façon.

Mon avis

Mon avis sur ce livre risque d’être très long, car c’est une lecture sur laquelle j’ai énormément de choses à dire.

La première chose qui me vient à l’esprit lorsque je tâche de synthétiser ce que je pense de cette lecture s’attache au titre. C’est ce titre, Bad Feminist, qui m’a interpelée : il est très percutant et nous met face aux paradoxes auxquels je peux être confrontée en tant que féministe (je suis féministe mais j’aime le rose, je suis féministe mais j’aime me maquiller, je suis féministe mais j’aime qu’un homme me tienne la porte, etc.). Je m’attendais, en conséquence, à un ouvrage intégralement consacré au féminisme, une sorte d’essai étoffé sur ce sujet. Quelle n’a pas été ma surprise de découvrir que… non !
Ce titre est trompeur, mal choisi à mes yeux, il induit le lecteur en erreur sur le contenu de ce qu’il s’apprête à découvrir. Oui, il est question de féminisme, mais pas que. J’ai dû attendre près de la moitié de ma lecture pour entrer dans le vif de ce sujet que j’attendais impatiemment, et sur un bouquin de 500 pages, ça pique ! Ce n’est pas un titre représentatif de l’hétérogénéité des sujets abordés dans ce livre, et j’ai été trompée sur le contenu. Si vous vous apprêtez à entamer cette lecture, sachez donc que le sujet principal n’est pas forcément le féminisme, je trouve que le sujet principal est presque plutôt le racisme… mais pas que.

Cette variété de sujets provient de la forme du livre. Il faut savoir que cet ouvrage est un recueil de chroniques parues dans The Guardian, ce qui explique que les sujets soient aussi variés. Au final, je suis très mitigée sur la forme de cette lecture : elle s’imprègne tellement de l’expérience personnelle de son auteure, notamment dans toute la première partie, qu’il en perd totalement sa valeur universelle. C’est un livre qui ne se révèle qu’à travers sa deuxième partie, et quel dommage ! On ressent beaucoup trop cet effet « compilation » de chroniques, et j’ai trouvé qu’il manquait de lien.

Venons-en au coeur du sujet. La première moitié de cette lecture m’a complètement perdue. J’ai même failli abandonner tant que je m’ennuyais et je n’en comprenais pas l’intérêt ! Le livre me tombait des mains, il est bourré de références qui parlent certes à l’auteure, mais qui ne sont pas les miennes, en tant que Française vivant de l’autre côté de l’Atlantique.
L’illustration la plus flagrante de cet ennui mortel vient probablement du chapitre sur le Scrabble. Je n’ai tout simplement pas compris ce qu’un tel chapitre faisait là, pourquoi on nous parlait de ça, quel intérêt cela comportait. Vraiment, Roxane Gay m’a perdue avec ce chapitre.

Après une telle déconvenue, une pause s’est imposée à moi. Je n’arrivais tout simplement plus à avancer. Et lorsque j’ai repris ma lecture, j’ai eu l’impression de tenir un tout autre livre entre les mains.

La seconde moitié du livre m’a beaucoup plus intéressée. Ces chapitres, enfin, devenaient intéressants, même s’ils ne s’apparentaient pas vraiment au féminisme. Toute la réflexion sur Cinquante nuances de Grey m’a profondément fait réfléchir, mais pas autant que le chapitre sur La couleur des sentiments, l’un de mes romans préférés. Ce moment m’a réellement fait remettre en perspective mon avis sur ce roman que j’ai pourtant profondément adoré. C’est un chapitre qui m’a beaucoup interrogée : en tant que femme blanche, suis-je incapable de comprendre, de m’exprimer, de lire correctement une fiction écrite par un Blanc sur la vie de personnes noires ? Comment puis-je passer à côté de tant de choses ? Est-ce le même effet que je ressens lorsqu’un homme tente de prendre la parole sur ma vie de femme, alors qu’il n’a pas la moindre idée de ce que je vis au quotidien ? Cet exemple précis m’a beaucoup intéressée, car c’est une référence que je connaissais, et la vision de l’auteure m’a permis de réviser mon propre jugement sur cette lecture, en prenant un peu de hauteur.
C’est ce que j’attendais de cette lecture sur des sujets féministes, comme, je ne sais pas, le manspreading, le port du voile, le harcèlement de rue, etc. Et c’est ce qui m’a manqué.

Au final, lorsque j’essaie de synthétiser mon avis sur Bad Feminist, rien de féministe ne me vient. Je suis déçue car ce livre est une promesse non tenue pour moi. Néanmoins, cela ne signifie pas que rien n’est intéressant dans les propos de Roxane Gay, au contraire : la deuxième partie m’a nettement plus séduite que le début. Ce n’est pas ce que j’attendais de cette lecture, cependant. J’aurais aimé des pistes, des réflexions, des solutions à ma vie de féministe dans le monde que nous connaissons aujourd’hui.

En conclusion

Cette lecture est une déception pour moi. Au vu du titre et de son succès retentissant, j’en attendais tout autre chose, au lieu de quoi je me suis engagée dans une lecture laborieuse dont j’ai eu peine à me sortir. Si des réflexions intéressantes sont à souligner dans les propos de Roxane Gay, ils interviennent trop tardivement dans la lecture et se retrouvent noyés sous une tonne d’informations et de références que nous, Européens, ne possédons pas forcément. Un ouvrage dont j’attendais plus et qui ne m’a pas convaincue.

La Parisienne

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