L’invention des ailes,
Sue Monk Kidd

L’invention des ailes est un livre qui m’a été chaudement recommandé par Pretty Books, et que j’avais hâte de lire. Sa magnifique couverture était prometteuse, et je n’ai pas été déçue du contenu. Je savais que ce serait une lecture forte, placée sous le signe de l’engagement, de l’incrédulité, de la violence, de la douleur… puisque ce livre parle de l’esclavage et des convictions politiques de tout un pays.

Le résumé

Caroline du Sud, 1803. Fille d’une riche famille de Charleston, Sarah Grimké sait dès le plus jeune âge qu’elle veut faire de grandes choses dans sa vie. Lorsque pour ses onze ans sa mère lui offre la petite Handful comme esclave personnelle, Sarah se dresse contre les horribles pratiques de telles servilité et inégalité, convictions qu’elle va nourrir tout au long de sa vie. Mais les limites imposées aux femmes écrasent ses ambitions.
Une belle amitié nait entre les deux fillettes, Sarah et Handful, qui aspirent toutes deux à s’échapper de l’enceinte étouffante de la maison Grimké. À travers les années, à travers de nombreux obstacles, elles deviennent des jeunes femmes avides de liberté et d’indépendance, qui se battent pour affirmer leur droit de vivre et se faire une place dans le monde.

Mon avis

C’est en 1865 que l’esclavage a été aboli aux Etats-Unis. J’en avais le lointain souvenir d’après mes cours d’anglais, j’en ai eu la certitude après avoir vogué de sites en blogs pour m’intéresser davantage à cette cause qui me fascine et m’effraie à la fois. Comment une telle inhumanité a-t-elle pu se produire dans notre monde, il y a moins de 250 ans de cela ?
Pour rappel, la cause abolitionniste a été le sujet d’une véritable controverse aux Etats-Unis, puisque c’est un sujet qui a littéralement divisé le pays entre deux, entre le Nord et le Sud.

La première chose que je vais vous révéler à propos de L’invention des ailes, je l’ai apprise à partir des notes de l’auteure à la fin du roman. L‘histoire écrite par Sue Monk Kidd est réelle, et inspirée de la vie de deux soeurs qui ont tant fait pour la cause de l’abolition de l’esclavage, et à la fois pour le droit des femmes : Sarah et Angelina Grimké.
Je considère qu’un livre historique est bon, dès lors qu’il me donne envie de me documenter. Ici, ça n’a pas manqué. Savez-vous seulement qui sont ces deux soeurs ? Je ne pense pas. Moi non plus, je ne savais pas. Mais pourtant, elles ont tant fait !

Le récit part ainsi de ce postulat de départ, qui est celui de la vie réelle de ces deux soeurs. Il y a donc des passages réels, où Sue Monk Kidd relate des faits tels qu’elle les a trouvés dans sa documentation. Et puis, en parallèle de cette histoire, il y a Hetty Handful, une esclave qui a été offerte à Sarah pour son onzième anniversaire. Là encore, un point de départ réel, puis une vie inventée. Tout un champ des possibles dont l’histoire a été réécrite par l’auteure, qui justifie ce choix par l’indissociabilité pour elle de la voix de la Blanche et de celle de la Noire, de la voix de la maîtresse et de celle de l’esclave.

Il est de ces livres qui vous marquent beaucoup, pour les faits qu’ils relatent, pour les causes d’indignation qu’ils font surgir en vous, pour les souvenirs qu’ils rappellent, pour l’histoire qu’ils vous inculquent. L’invention des ailes fait partie de ces livres qui nous enseignent quelque chose, tout en nous touchant en plein coeur, ce coeur d’homme ou de femme libre dans le monde du XXIème siècle. Par où sommes-nous tous passés pour en arriver là ? Ce roman est là pour nous le remémorer.

En débutant ma lecture, je n’arrivais pas à me détacher de la Colline aux esclaves, ou de la Couleur des sentiments, deux livres très différents mais très forts qui ont de même marqué ma vie de lectrice, et qui ont en commun d’aborder le sujet de la ségrégation raciale, chacun à deux époques différentes. A cette liste, je me dois désormais d’ajouter L’invention des ailes, une lecture que l’on pourrait qualifier de « coup de poing », qui nous permet de recontextualiser, de repenser notre vie, notre existence.

J’ai aimé Sarah et Angélina, car je me suis beaucoup reconnue en elles. L’injustice les indigne. Pas seulement l’esclavage, mais aussi l’oppression des femmes à une époque où prendre la parole en public leur est interdit.
J’ignorais qu’au sein même de la cause abolitionniste, il y avait eu tant de dissensions. J’ai beaucoup appris au sujet des quackers, ce mouvement religieux progressiste qui blâmait l’esclavage mais promouvait une abolition progressive. Quand enfin Sarah et Angélina trouvent leur place au sein du mouvement de la Society, j’ai de nouveau été choquée de voir leur voix réprimée, parce qu’elles exprimaient une opinion féminine. Nous avons encore du chemin à faire à ce niveau-là, même encore aujourd’hui… Comme ces femmes avaient du courage ! Comme elles étaient modernes ! Comme il a dû être difficile de se battre, à l’époque, pour faire valoir leurs idées…

En conclusion

Comme toujours quand un livre me plaît et me révolte, il suscite une très longue chronique qu’il me faut bien conclure. L’invention des ailes est un livre marquant, fort, et qui est pour moi à placer entre toutes les mains : pour se rappeler, pour transmettre, pour apprendre. C’est une lecture dont vous ne sortirez pas indemne.

7 Inoubliable

La Parisienne

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