pZPwzn84NAX2vTGzMOQrNzqyH2ILa Couleur des sentiments, Kathryn Stockett, éditions Jacqueline Chambon
Ma note : 18/20

J’ai reçu La Couleur des sentiments en cadeau pour mon anniversaire il y a un an et demi, par une amie très proche à qui j’ai l’habitude d’emprunter des livres. Nous avons des goûts communs question littérature, sûrement parce que nous avons partagé les mêmes années lycée en L… Quand elle me l’a offert, le film venait de sortir et rencontrait un vif succès. J’avais très envie d’aller le voir au cinéma, et puis, je n’ai pas eu le temps. Lorsque j’ai reçu ce livre, j’étais plutôt surprise, et je me suis dit que je lirais ce pavé un peu plus tard, quand j’aurais le temps, car je l’avoue, ce n’était pas une lecture qui me motivait ou qui me semblait passionnante au premier abord (entre consacrer 2h à un film et plusieurs jours à une lecture, il y a un pas). Ô comme j’avais tort !

La Couleur des sentiments relate l’histoire de trois femmes aux destins mêlés, sous leur plume alternative. Il y a Aibileen, la bonne noire plutôt docile d’Elisabeth, qui adore les enfants et les quitte dès lors qu’ils réussissent à intégrer le brainstorming de leurs parents visant à leur inculquer la supériorité raciale des blancs. L’on suit également Minnie, cuisinière hors paire, bonne noire elle aussi, mais au caractère bien trempé, qui n’hésite pas à dire ce qu’elle pense, ce qui lui valut sa place bien plus d’une fois. Et enfin, n’oublions pas Miss Skeeter, jeune blanche de bonne famille qui évoque le revers de la médaille, qui ne se sent pas comme les autres, et décide de ne pas se laisser faire. Un peu spéciale en son genre, elle apprendra à s’émanciper progressivement des principes régissant la bonne société blanche américaine des 60s, s’éloignant par là même des attentes de sa mère, et des conventions auxquelles ses amies se soumettent sans même se poser de questions. Prête à tout pour découvrir la vérité sur le sort de Constantine, la bonne employée par sa famille qui l’a pratiquement élevée, Skeeter ne tarde pas à se lancer dans un projet bien dangereux…

Comment se remettre d’un livre pareil ! Une chose est sûre : ce livre ne vous laissera pas indemne. Plus de 500 pages avalées en quelques jours, entre trois arrêts de métro et deux pages de mémoire. Un coup de coeur absolu, un livre à lire et relire, à offrir et recommander ! Les personnages, chacun dans leur particularité, sont tous très attachants. Varier d’un narrateur à l’autre peut sembler austère et parfois frustrant – l’on aurait envie de lire davantage sur tel narratrice et l’on passe à une autre. En réalité, l’alternance des narratrices rend la lecture très fluide, et le style qui oppose Skeeter à Minnie et Aibileen est très reconnaissable.
Difficile d’aborder la ségrégation sans en proposer une lecture manichéenne. Kathryn Stockett parviendra pourtant à proposer quelque chose qui échappe de loin à tous les stéréotypes. Autour de la méfiance et de la peur ne tardera pas à naître un véritable lien indicible qui unira Skeeter à Minnie et Aibileen. Tout est réuni dans ce livre pour en faire une belle réussite : un peu de suspens, car tout le monde se demande ce qui a bien pu arriver à Constantine et quelle est la Chose Abominable que Minnie a bien pu faire à Miss Hilly, de l’ambition, de l’amitié, beaucoup d’humour, et enfin une haine et une cause communes. Bref, un fond. L’intrigue retrace bien la difficulté de prendre la défense des Noirs dans un univers exclusivement féminin, à une époque où Martin Luther King n’a pas encore rêvé. A lire cela aujourd’hui, l’on se demande comment cette Amérique-là a bien pu exister. Comment des bonnes comme Aibileen ou Minnie ont pu endurer cela aussi longtemps, sans protester plus tôt. Je l’ai détestée, cette Miss Hilly ! Tout comme j’ai tour à tour détesté Elisabeth, puis Stuart… J’ai souffert avec Skeeter en apprenant la vérité, avec Minnie à chaque coup qu’elle recevait de Leroy, avec Aibileen quand elle évoquait son fils ou cherchait à protéger Mae Mobley… J’ai d’ailleurs été très touchée par l’importance qu’Aibileen accorde à l’éducation de Mae Mobley, de l’attention qu’elle porte à lui répéter chaque jour que c’est une gentille petite fille. Et nous, lecteurs, nous voulons vraiment croire que cela suffira à abolir les distances raciales dans l’esprit de Mae Mobley.

La diégèse est tellement prenante que je ne peux que vous conseiller ardemment cette lecture, qui, je l’espère, saura vous retourner autant que moi. Le seul reproche que je pourrais adresser à l’auteur serait celui d’une fin un peu avortée à mon goût. Qu’advient-il d’Aibileen ? Minnie s’en tiendra-t-elle à sa décision ? Et Miss Skeeter retrouvera-t-elle Stuart ? S’épanouira-t-elle dans son travail ? Auront-elles finalement réussi à changer les choses ? Autant de questions sans réponse… L’intrigue se terminera avec le livre, comme si leurs destins n’étaient voués à se rencontrer que par cet évènement, et qu’en dehors de ça, rien ne les réunira plus. Ce petit manque est compensé par la page des remerciements, dans laquelle l’on apprend que Kathryn Stockett a puisé dans son vécu pour écrire son livre : une révélation vraiment touchante. Je compte me procurer le DVD de l’adaptation cinématographique prochainement. Puisque les détails de l’histoire sont encore frais dans mon esprit, la comparaison n’en sera que plus aisée.

En résumé, La Couleur des sentiments est pour moi un véritable coup de foudre. J’ai tout simplement adoré, du début à la fin, et ce fut un véritable déchirement de le refermer et de faire « mon deuil » de cette histoire passionnante. Un petit bémol pour une fin un peu vite balayée après 500 pages à vous tenir en haleine, ce qui ne l’empêchera pas de se classer auprès de mes livres fétiches.

La Parisienne

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