No Home
Yaa Gyasi

No Home est un roman que j’ai eu l’envie de lire dès sa sortie, pourtant, il a longuement sommeillé dans ma pile à lire. Cet été, j’ai senti que le moment était le bon et j’ai donc pris le temps de me pencher sur cette lecture prometteuse.

Le résumé

Maama, esclave Ashanti, s’enfuit de la maison de ses maîtres Fantis durant un incendie, laissant derrière elle son bébé, Effia. Plus tard, elle épouse un Ashanti, et donne naissance à une autre fille, Esi. Ainsi commence l’histoire de ces deux demi-sœurs, Effia et Esi, nées dans deux villages du Ghana à l’époque du commerce triangulaire au XVIIIe siècle. Effia épouse un Anglais et mène une existence confortable dans le fort de Cape Coast, sans savoir que Esi, qu’elle n’a jamais connue, est emprisonnée dans les cachots du fort, vendue avec des centaines d’autres victimes d’un commerce d’esclaves florissant avant d’être expédiée en Amérique où ses enfants et petits-enfants seront eux aussi esclaves. Grâce à un collier transmis de génération en génération, l’histoire se tisse d’un chapitre à l’autre : un fil suit les descendants d’Effia au Ghana à travers les siècles, l’autre suit Esi et ses enfants en Amérique.

Mon avis

Aussi surprenant que cela puisse paraître, j’ai proposé cette lecture dans le cadre du Club de Lectures Féministes, et c’est maintenant que je l’ai terminée que je me rends compte à quel point j’étais dans l’erreur. On ne peut vraiment pas qualifier ce roman de féministe. Mais il fallait le lire pour le savoir !

No Home, c’est une immense fresque familiale et temporelle qui nous raconte l’histoire de Maama et de ses deux filles, Effia et Esi, et de toute leur descendance. Chaque chapitre épouse le point de vue d’un nouveau personnage de cette lignée, nous commençons donc au 18ème siècle pour en arriver à de nos jours. D’ailleurs, si j’avais un reproche à adresser à ce roman, ce serait sûrement celui-là : j’ai eu du mal à me repérer dans le temps, et j’aurais aimé qu’il y ait plus de marqueurs temporels. Des dates en début de chapitre, par exemple, pour être sûre de bien situer la période à laquelle se déroule l’histoire.

Chaque chapitre va donc nous confronter à l’un des problèmes que rencontre le personnage principal, dû à sa couleur de peau, à son pays d’origine. Et les maux sont nombreux : esclavagisme, travail forcé dans les mines ou les champs de coton, racisme, missionisme religieux… 
Les destins de tous ces personnages sont liés, et pourtant ils diffèrent très vite : la descendance d’Effia reste sur la terre ghanéenne, tandis que celle d’Esi s’expatrie bien involontairement en Amérique. Difficile de dire qui connaît le sort le plus terrible : on pense qu’il s’agit d’abord de la famille d’Esi, puis la tendance s’inverse avec celle d’Effia, jusqu’à ce que leurs sorts s’équilibrent vers la fin.

Je me suis très vite attachée à toute cette lignée de personnages dont le sort m’a beaucoup remuée. J’en ai préféré certains à d’autres, évidemment, mais tous ont su me toucher d’une façon ou d’une autre. Comment ont-ils pu survivre à tant de douleurs, tant de maux ? On ignore tout de ce que nos ancêtres ont traversé pour en arriver là où nous sommes aujourd’hui, et ce roman me l’a bien fait comprendre.
Signe que ce roman est réussi : il m’a incitée à faire des recherches sur l’histoire du Ghana et de ses tribus. Cela arrive rarement, mais dès lors que je franchis ce pas, c’est que mon intérêt a vraiment été piqué à vif.

Pour moi, ce roman est à lire d’une traite, avec le moins d’interruptions possibles. Car dès lors que l’on repose de côté l’histoire, il est difficile de se remémorer ce qu’ont traversé les ancêtres du narrateur que l’on suit.

Plus que tout, en refermant ce roman, j’ai pu saisir l’ampleur de ce titre si bien choisi. Tout simplement parfait.

En conclusion

Je n’avais encore jamais lu de roman sur l’histoire du Ghana, ni même écrit par un auteur ghanéen. Je suis très heureuse que ce soit maintenant chose faite, car ce roman est une pure merveille. J’ai adoré me plonger dans l’histoire de cette famille, j’ai adoré ce mode de narration original qui nous retrace plus de 300 ans d’histoire. Comment sortir de cette lecture indemne ? J’attends vos conseils, car moi, je ne sais pas comment faire.

La Parisienne

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