Sorcières, la puissance invaincue des femmes
Mona Chollet

J’ai repéré ce titre sur Instagram, sur le feed d’une personne que je suis (et que je suis incapable de nommer, toutes mes excuses à cette personne). J’en ai ensuite entendu parler lors de la remise du prix de l’essai Psychologies Magazine, puisque c’est le roman qui a été primé. Je remercie Mes Livres My Books pour son concours sur les réseaux sociaux qui m’a permis de découvrir cet ouvrage.

Le résumé

Tremblez, les sorcières reviennent ! disait un slogan féministe des années 1970. Image repoussoir, représentation misogyne héritée des procès et des bûchers des grandes chasses de la Renaissance, la sorcière peut pourtant, affirme Mona Chollet, servir pour les femmes d’aujourd’hui de figure d’une puissance positive, affranchie de toutes les dominations.
Davantage encore que leurs aînées des années 1970, les féministes actuelles semblent hantées par cette figure de la sorcière. Elle est à la fois la victime absolue, celle pour qui on réclame justice, et la rebelle obstinée, insaisissable. Mais qui étaient au juste celles qui, dans l’Europe de la Renaissance, ont été accusées de sorcellerie ?
Ce livre explore trois archétypes de la chasse aux sorcières et examine ce qu’il en reste aujourd’hui, dans nos préjugés et nos représentations : la femme indépendante – les veuves et les célibataires furent particulièrement visées ; la femme sans enfant – l’époque des chasses a marqué la fin de la tolérance pour celles qui prétendaient contrôler leur fécondité ; et la femme âgée – devenue, et restée depuis, un objet d’horreur.
Mais il y est aussi question de la vision du monde que la traque des sorcières a servi à promouvoir, du rapport guerrier qui s’est développé alors tant à l’égard des femmes que de la nature : une double malédiction qui reste à lever.

Mon avis

Je n’ai pas l’habitude de chroniquer des essais, je vous prierai donc d’être indulgent avec cet avis. Nous voilà plongés au coeur de l’univers mystique des sorcières, un sujet qui sera traité par Mona Chollet à travers le prisme du féminisme. Après une longue introduction qui contextualise l’essai et rappelle certains faits historiques marquants, nous entrons dans le coeur du sujet en évoquant trois figures féminines particulièrement représentées lorsque l’on évoque les sorcières : la femme indépendante, la femme sans enfant, et la vieille femme.

J’ai aimé découvrir comment la chasse aux sorcières a joué un rôle dans l’instauration de la société patriarcale et misogyne qui est la nôtre. On pourrait penser que le sujet est un peu loufoque, surtout rapproché du féminisme, mais vous verrez en le lisant qu’il n’en est rien. Au contraire, Mona Chollet, à force d’exemples, met le doigt sur certains faits pourtant évidents mais auxquels je n’avais jamais réellement songé.

C’est une lecture très argumentée et bourrée de références, je ne les connaissais pas toutes et cela m’a donné envie de découvrir d’autres ouvrages sur le même sujet, ainsi que les autres essais de l’auteure.

J’ai particulièrement accroché au chapitre qui traite de la stérilité volontaire des femmes. J’ai vraiment eu l’impression d’apprendre à épouser un autre point de vue et de découvrir de nombreuses choses auxquelles je n’avais jamais réellement pensé, et en première ligne : la possibilité pour une mère d’aimer ses enfants sans aimer être mère. La lecture de chapitre m’a poussée à énormément m’interroger quant à mon propre désir d’enfants, mais aussi sur celui de mes parents que j’ai questionnés. J’ai la chance de pouvoir aborder sereinement avec eux énormément de sujets, et c’est donc naturellement que je les ai interrogés sur leur parentalité : aiment-ils être parents ? L’ont-ils toujours aimé ?
On considère bien trop souvent que, d’une part (mais ça je le savais déjà) toute femme veut des enfants (ce qui est bien évidemment faux), mais qu’en plus toutes celles qui en ont étaient faites pour ça. Surprise : eh bien non, pas forcément !

J’ai aussi aimé la réflexion autour des trois « types » de comportements féminins vis-à-vis des enfants : l’attitude de la mère, l’attitude de la tante, et l’attitude de celles qui n’aiment tout simplement pas les enfants. Ajoutons à cela la nuance de l’âge : on peut aimer les petits bébés et ne pas apprécier de les voir grandir, et inversement. Un chapitre passionnant !

Le troisième chapitre s’attarde sur l’image de la femme vieillissante, et j’avoue que ces réflexions ne m’avaient jamais effleuré l’esprit. Pourtant, je suis heureuse d’avoir pu m’y confronter et de m’être interrogée autant sur des sujets qui me concerneront évidemment prochainement, en tant que femme.
Enfin, dans la dernière partie, on s’intéresse plus particulièrement à la médecine et au traitement des femmes dans ce domaine (en tant que patientes, et en tant que praticantes).

En conclusion

J’ai beaucoup aimé les réflexions que cette lecture m’a ouvertes. J’ai l’impression d’avoir appris à remettre certaines choses en perspective, je me suis interrogée non seulement sur moi-même mais également sur mon entourage, et c’est à mes yeux la preuve que cet essai porte ses fruits. Même si la sorcellerie apparaît davantage comme un point de départ à la réflexion féministe de l’auteure, j’ai trouvé ce prisme de lecture intéressant. Un ouvrage très complet, bourré de références qui fut une agréable découverte.

La Parisienne

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