Les règles d’usage
Joyce Maynard

Les règles d’usage est un joli roman qui traite de l’adolescence que j’ai repéré lors de sa sortie poche. Le fait qu’il se concentre autour des événements du 11 septembre m’avait beaucoup interpelée, c’est un sujet que j’aime en littérature et j’avais très envie de découvrir comment il serait traité ici. Merci beaucoup aux éditions 10/18 pour cette lecture.

Le résumé

Wendy, treize ans, vit à Brooklyn. Le 11 septembre 2001, son monde est complètement chamboulé : sa mère part travailler et ne revient pas. L’espoir s’amenuise jour après jour et, à mesure que les affichettes DISPARUE se décollent, fait place à la sidération. Le lecteur suit la lente et terrible prise de conscience de Wendy et de sa famille, ainsi que leurs tentatives pour continuer à vivre. Le chemin de la jeune fille la mène bientôt en Californie chez son père biologique qu’elle connaît à peine – et idéalise. Son beau-père et son petit frère la laissent partir le coeur lourd, mais avec l’espoir que cette expérience lui sera salutaire. Assaillie par les souvenirs, Wendy est tiraillée entre cette vie inédite et son foyer new-yorkais qui lui manque. Elle délaisse les bancs de son nouveau collège et, chaque matin, part à la découverte de ce qui l’entoure, faisant d’étonnantes rencontres : une adolescente tout juste devenue mère, un libraire clairvoyant et son fils autiste, un jeune à la marge qui recherche son grand frère à travers tout le pays. Wendy lit beaucoup, découvre Le Journal d’Anne Frank et Frankie Addams, apprend à connaître son père, se lie d’amitié avec sa belle-mère éleveuse de cactus, comprend peu à peu le couple que formaient ses parents – et les raisons de leur séparation. Ces semaines californiennes la prépareront-elles à aborder la nouvelle étape de sa vie ? Retournera-t-elle à Brooklyn auprès de ceux qui l’ont vue grandir ?

Mon avis

Parmi ma pile de lectures, et surtout ma pile spéciale 10/18, ce roman était celui qui me faisait le plus envie. Il faut dire qu’il m’a été chaudement recommandé par Valentine (qui travaille aux éditions 10/18), et que je partage souvent ses goûts, tout particulièrement lorsqu’il s’agit de romans adolescents. Bref, cette lecture était plutôt bien engagée, et même s’il m’a fallu près d’une semaine pour en venir à bout, c’est un roman que j’ai beaucoup apprécié !

Déjà, comme je le disais précédemment, ce roman aborde le sujet des attentats du 11 septembre. Wendy, ce jour-là, attendra désespérément le retour de sa mère… qui ne reviendra jamais du travail. Cette tragédie a été vécue et partagée par des milliers de New Yorkais, et c’est pourtant un sujet très peu abordé en littérature. Ce point de vue m’a beaucoup touchée, on ressent toute la culpabilité de l’héroïne qui s’était disputée avec sa mère juste avant sa disparition, n’a pas pris le temps de lui dire au revoir, ne pensait pas que ce matin-là serait le dernier.
Pendant toute la suite du roman, Wendy sera hantée par le souvenir de sa mère, par ces images terribles des attentats.

Ce que j’ai également beaucoup aimé, c’est la structure familiale de Wendy : elle est au coeur d’une famille recomposée, avec celui qu’elle considère comme son vrai père, qu’elle appelle papa, qui n’est pourtant « que » son beau-père d’un côté, et de l’autre son père biologique absent qu’elle n’a vu que rarement au cours des dernières années. J’ai bien sûr profondément aimé ce beau-père tellement présent, tellement rassurant, surtout à côté de ce père biologique laxiste et permissif. Mais chacun d’eux permettra à Wendy de grandir et de surmonter son deuil, d’une façon nécessaire.

Ce roman est bien évidemment celui d’un apprentissage. Wendy est en pleine adolescence, elle perd tous ses repères, va devoir se reconstruire dans une vi(ll)e qui n’est pas la sienne. J’ai aimé les gens qu’elle croise sur son chemin, de la mère-fille à ce libraire qui s’occupe de son fils autiste sans l’aide de sa femme. Je les ai tous trouvés touchants à leur façon. Ce qui peut ressembler à une fuite va être source d’un renouveau bien utile pour Wendy. Pendant toute la durée de ma lecture, je n’avais qu’une seule question : Wendy retournera-t-elle auprès de son petit frère et de son père, à New York ? Un seul moyen pour vous de le savoir…

En conclusion

Ce roman est riche et profond. Il aborde la question de l’après 11 septembre en épousant le point de vue d’une adolescente plutôt banale, à la structure familiale bancale, mais qui apprendra à se reconstruire par elle-même. J’ai aimé la liberté que Wendy s’octroie, les rencontres qui jalonnent les différentes étapes de son deuil, et cette profonde fraîcheur qui régit l’ensemble du roman. Une très belle lecture que je vous recommande.

La Parisienne

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