Guantanamo Kid
Jérôme Tubiana & Alexandre Franc

L’une de mes résolutions de l’année consiste à découvrir plus de romans graphiques. Ce sont des oeuvres qui m’attirent énormément, mais je ne prends pas suffisamment le temps de m’y intéressée. Aussi, lorsque Dargaud m’a proposé de recevoir quelques parutions, je me suis penchée de plus près sur leur programme et Guantanamo Kid a attiré mon attention grâce à son histoire hors du commun. Un grand merci aux éditions Dargaud pour cette lecture.

Le résumé

C’est l’histoire d’un jeune garçon qui se rêve un avenir meilleur et quitte l’Arabie Saoudite pour étudier l’anglais et l’informatique au Pakistan. Deux mois après son arrivée, c’est le 11 septembre 2001. Au mauvais endroit au mauvais moment, le jeune adolescent est vendu par les services secrets pakistanais aux Américains, au prétexte qu’il appartiendrait à Al-Qaïda. C’est une descente aux enfers qui le mène à Guantanamo, au camp X-Ray puis au camp Delta, où il va vitre la routine des tortures, des interrogatoires incessants et vains. Une histoire vraie.

Mon avis

Plus je repense à ce roman graphique, plus un mot, un seul, s’impose impérieusement : « glaçant ». Cette histoire est tout simplement effrayante, terrifiante, puissante. Il m’a tout simplement été impossible de m’éloigner de ces planches tant que je ne connaissais pas le dénouement de l’histoire de cet ado qui va vivre l’horreur. C’est bien le mot, il n’y en a pas d’autres.

J’aime les oeuvres qui me permettent de contester un point de vue que je considère comme acquis, qui m’apportent un éclairage nouveau. J’aime les romans qui me font m’interroger, me poussent à réfléchir, à me renseigner, qui me font sortir de ma zone de confort et m’amènent à penser par deux fois à ce que je croyais connaître. Guantanamo Kid fait partie de ces oeuvres-là, de celles que l’on referme en ayant une vision un peu plus « éclairée » du monde dans lequel nous vivons. Une vision dont on se passerait bien, si vous voulez mon avis, tant la réalité qu’elle dépeint est écoeurante.

Guantanamo Kid, c’est l’histoire d’une « erreur judiciaire ». Peut-on seulement appeler cela ainsi lorsqu’il n’y a ni procès, ni avocat, ni aucune forme de justice ? Notre héros va être kidnappé, vendu, puis torturé et emprisonné à tort pendant des années. Encore aujourd’hui, il ne lui est pas autorisé de rejoindre son pays, à cause d’une menace fantôme qui plane sur toute sa vie. Comment vous décrire le sentiment d’injustice qui nous prend aux tripes lorsque l’on découvre un drame pareil ? Comment peut-on seulement supporter de vivre dans ce monde quand de telles choses se produisent en toute impunité ?

Je m’interroge souvent sur le rôle qu’exercent les médias sur l’opinion publique. Actuellement, nous avons beaucoup tendance à croire tout ce que nous disent les chaînes d’informations, à considérer comme argent comptant tout ce qui sort de la bouche des journalistes, sans pour autant aller farfouiller du côté de leurs sources. Des témoignages comme celui-ci nous invitent à reconsidérer le degré d’information qui nous est fourni. La situation géopolitique du monde qui nous entoure est bien compliquée qu’elle n’y paraît, preuves en sont les divers journaux pas toujours d’accord sur un même fait politique. Il y a autant de vérités que de divergences d’opinions, et il m’importe de plus en plus de me fier aux faits, et non aux avis de ceux qui les transmettent.

En refermant une telle histoire, c’est un sentiment de révolte et d’indignation qui nous habite. Il est impossible de rester indifférent au sort de Mohammed. Alors le mieux que nous avons à faire pour le soutenir, à notre échelle, est de lire et de partager son histoire au maximum. 

En conclusion

L’univers du roman graphique a encore beaucoup de belles surprises à m’apporter, Guantanamo Kid en est l’exemple. Il s’agit d’une lecture forte, marquante et percutante qui m’a permis de beaucoup m’interroger sur le rôle de gendarme qu’endossent les Etats-Unis depuis ces dernières années. J’aime les oeuvres à portée polémique (ou non), qui me poussent à m’interroger et à ne pas considérer comme acquises les informations que l’on entend dans les médias traditionnels. C’est une lecture enrichissante qui m’aura beaucoup éclairée sur un sujet que je connaissais très mal.

La Parisienne

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