Nous les Filles de Nulle Part
Amy Reed

Depuis sa sortie, je suis obsédée par ce livre. Je n’ai jamais douté que j’apprécierais cette lecture, je la savais porteuse de messages forts… Il n’y avait plus qu’à m’y mettre, et c’est désormais chose faite !

Le résumé

À : destinataires cachés
De : LesFillesdeNullePart
Chères amies,
Vous en avez marre ? Vous avez peur ?
Vous en avez marre d’avoir peur ?
Vous êtes en colère ?
On sait ce qu’ils ont fait. Spencer Klimpt, Eric Jordan et Ennis Calhoun. On sait qu’ils ont violé Lucy. On sait qu’ils ont fait du mal à d’autres, probablement beaucoup d’entre nous. On sait qu’ils recommenceront.
Vous êtes prêtes à agir ? À ne plus vous taire ?
Rejoignez-nous. Ensemble nous sommes plus fortes qu’eux.
Nous ne nous tairons plus.
Nous les Filles de Nulle Part.

Mon avis

C’est étrange comme parfois, certains livres nous appellent. Ils sont là, ils viennent de rejoindre notre pile à lire, et depuis que nous nous le sommes procuré, ils deviennent une obsession qui ne sera satisfaite qu’une fois le livre refermé. C’est exactement la sensation que me procurait Nous les Filles de Nulle Part : ce livre m’appelait, il m’obsédait. Et je savais qu’il y aurait un avant et un après, je savais pertinemment que ce lire serait un énormissime coup de coeur pour moi.
C’est une lecture que j’ai proposée pour le Club de Lectures Féministes au mois de décembre, et pourtant… je n’ai pas réussi à attendre avant de l’ouvrir. Je sentais que c’était le moment, qu’il fallait que je l’ouvre précisément maintenant. Que j’étais prête à m’y confronter.

Ce livre, donc… est un énormissime coup de coeur. Comment vous dire ? J’aurais tellement aimé pouvoir le lire à l’époque où j’avais moi aussi l’âge de ce Grace, Rosina et Erin. J’aurais aimé le lire plus tôt pour m’éveiller à cette conscience que les filles, que les femmes, ne sont pas ce que les hommes attendent d’elles. J’aurais aimé que quelqu’un pose ce livre entre mes mains plus tôt pour me poser les bonnes questions, pour me faire réfléchir, pour me pousser à m’interroger.
Non mais que j’en aurais eu besoin comme d’un soutien, car je n’ai pas vécu l’enfer du lycée de Prescott. Je suis allée dans un petit lycée privé dans laquelle nous étions 10 en terminale L, je n’ai jamais été confrontée aux terribles drames que connaissent pourtant bon nombre d’adolescentes de nos jours : la pression du sexe par les garçons, les « putes » et « salopes » qui circulent, la haine pour celles qui couchent, la haine pour celles qui ne couchent pas… J’ai l’impression d’avoir été protégée de toute cette violence dans mon lycée. Mais j’ai conscience que mon expérience est loin d’être celle des autres adolescents. Et c’est précisément la raison pour laquelle j’aurais tant aimé pouvoir lire ce livre plus tôt.

Entrons dans le vif du sujet : ce que j’ai absolument ADORÉ, avec ce roman, c’est qu’il pose les bonnes questions, et qu’il n’y a pas forcément de réponse pré-conçue. J’ai aimé que l’auteure amène un réel débat entre les Filles de Nulle Part lors de leurs réunions secrètes, que chacune puisse s’exprimer librement sur son vécu, sur son ressenti. Il n’y en a pas une qui a plus raison qu’une autre, au contraire, mais ensemble, elles parviennent à mettre le doigt sur ce qui pose un vrai problème dans notre société : le viol, l’acceptation du plaisir féminin, la dichotomie entre l’image des filles frigides VS salopes… Toutes ces problématiques auxquelles les jeunes filles sont confrontées très tôt dans leur vie, et qui ne nous quittent jamais vraiment dans notre vie de femme. J’ai vraiment aimé que l’auteure confronte les points de vue et n’arrive pas avec une vérité générale. J’ai aimé la douceur avec laquelle elle s’attaque au sujet, sans prétendre mieux savoir le traiter qu’une autre, au contraire. C’est quelque chose que l’on ne cesse de constater dans les comportements des trois héroïnes (Grace, Rosina et Erin), en particulier dans l’une des scènes finales, lorsqu’elles rencontrent Cheyenne.

Pour vous donner un aperçu du contenu de ce roman, on y parle : viol, slut-shaming, consentement, plaisir, image de la femme, blogs machistes, religion, autisme, violences conjugales… C’est un livre riche et pourtant, rien n’est de trop. Chaque question qui se pose est importante.
Ce qui m’a le plus révoltée dans tout ça, c’est probablement l’absence de soutien du corps enseignant. Plutôt que de féliciter le collectif de ces filles qui se forme pour protester contre tout ce qu’elles subissent, la balance est inversée et ce sont elles qui subissent les foudres de l’autorité scolaire. On croit rêver, c’est le monde à l’envers ! Et rien n’est mieux auprès des forces de police : quand on voit l’accueil que leur réserve le chef, qui refuse jusqu’à prendre une déposition…
Fort heureusement, Amy Reed échappe au manichéisme dans ce roman grâce à des personnages clés : le shérif qui vient en aide à Cheyenne et apporte son soutien aux Filles de Nulle Part, Amber, Sam… Même les parents ont des réactions différentes, et j’ai trouvé cela très représentatif et très réaliste.

Ce livre est un INDISPENSABLE. C’est un roman qui mériterait d’être lu dès le lycée, d’être au programme, d’être débattu. J’ai tellement envie de le mettre entre toutes les mains ! J’ai de plus en plus envie de militer pour proposer ce genre de lectures dans l’univers scolaire, c’est grâce à ce genre de livres que les mentalités évolueront et que nos enfants n’essuieront pas toutes ces douleurs qu’ont traversé tant de femmes à ce jour. Le féminisme a encore du chemin à faire pour faire accepter l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes, et ce roman en est à la fois la preuve et le moyen.

En conclusion

Dans ma vie de lectrice, il est de ces livres forts qui marquent des moments clés dans mon évolution. Celui-ci en fait indéniablement partie, il est de ces livres que j’ai tant adorés que j’en parlerai tout autour de moi sans relâche, jusqu’à ce que chacun de mes proches l’ait lu (oui, je peux être très tenace quand je le veux !). C’est un roman incroyable, qui pose des questions justes sans prétendre pour autant imposer des réponses toutes faites, et qui mériterait d’être lu dès le lycée, par tous les ados ! Une lecture inoubliable que je ne peux que vous encourager à découvrir.

La Parisienne

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