Cela fait quelques temps que l’idée de cet article me germe dans la tête. Quelques temps que je pense à vous le taper, que je le construis, mais le sujet est tellement vaste que j’ai voulu prendre le temps de m’y attaquer à tête reposée. Aujourd’hui, plus que jamais, je ressens le besoin de vous parler de féminisme.

Beaucoup d’entre vous le savent, je suis féministe, et j’ai d’ailleurs créé un club de lectures féministes en août 2017. Un groupe qui comporte plus de 500 membres à ce jour ! Je vous en reparlerai plus tard dans cet article. C’est un fait dont je n’ai pas honte, c’est quelque chose qui me définit, et, c’est vrai, je le revendique. J’ai presque du mal à comprendre qu’on puisse ne pas être féministe. Mais la vérité, c’est qu’il y a beaucoup de définitions très différentes et très variables du féminisme, différents degré également, qui font qu’aujourd’hui… se revendiquer féministe, c’est presque mal vu.

Avant toute chose, laissez-moi vous donner ma définition du féminisme : il s’agit un mouvement qui vise à atteindre l’égalité des droits entre les hommes et les femmes. Rien de plus. Alors, à partir de là, comment pouvez-vous ne pas être d’accord avec ça ? Comment pouvez-vous souhaiter que votre femme, votre fille, votre soeur, n’ait pas le même salaire que vous ? C’est à mes yeux inconcevable. Tout comme il est inconcevable de tourner le dos à une personne pour son orientation sexuelle ou sa couleur de peau. Malheureusement, j’ai conscience que tout le monde ne partage pas mon avis, c’est pour cela qu’il est très important de faire de la pédagogie (et ça passe par cet article) : lire des ouvrages qui nous confrontent aux problèmes liés au sexisme, regarder des documentaires, confronter les points de vue, s’interroger sans cesse, ne pas considérer comme acquis des comportements qui au fond nous dérangent…
Je voudrais revenir avec vous sur les sujets marquants dans ma vie de femme. Comment ai-je pris conscience de ces problèmes ? Car je ne suis pas née avec une conscience féministe. Même si j’ai été élevée sans aucun sexisme, nous ne pouvons malheureusement pas échapper aux carcans de la société dans laquelle nous évoluons. Voici donc mon parcours, l’évolution de mes réflexions.

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Le harcèlement de rue

Mon féminisme s’est déclenché lorsque j’ai emménagé à Paris. J’avais 20 ans, je venais d’une petite ville tranquille dans laquelle rien ne m’avait jamais dérangée, et j’ai commencé à prendre conscience de certaines choses qui me posaient problème. En premier lieu : les hommes qui se retournaient sur mon chemin dans la rue pour me siffler, et me faire des commentaires dégradants sur mon physique. Au cours de mes premières années dans la capitale, je ne me sentais pas en sécurité. Je ne sortais pas tard le soir, je faisais attention à ma tenue (pas de jupe, pas de robe, pas de talons), j’évitais les petites ruelles sombres et désertes, je gardais mes clés bien enfoncées dans mon poing « juste au cas où ».
Je pourrais vous raconter tellement d’anecdotes à ce sujet, comme la fois où je me suis retrouvée dans un wagon de métro vide et que deux hommes se sont installés à côté de moi et ont commencé à parler de tout ce qu’ils aimeraient me faire à voix haute. Ou encore cette fois où je suis faite insulter parce que j’avais répondu à un homme qui a fini par renverser sa bière sur mon amie qui m’a défendue. Ou encore les nombreuses fois où je gardais mes écouteurs sans musique bien enfoncés dans les oreilles pour veiller à ne pas me faire agresser. Et puis ces frotteurs dans le métro… bref. Il y en aurait beaucoup à évoquer. Je me rappelle également cet article qui avait fait l’objet de tant de commentaires, où je vous rappelais ma fatigue d’être une fille. Une fatigue à laquelle les hommes ne sont pas confrontés. Enfin, pas tous les hommes, je nuance. Car malheureusement, certains peuvent l’être (pour leur orientation sexuelle, leur couleur de peau, etc.).

J’ai donc commencé à me plaindre de cette situation. Sur Facebook. Premier lieu où j’ai commencé à exprimer mes pensées, sans avoir conscience qu’il s’agissait (déjà) de féminisme. Premier lieu où j’ai pu me confronter à des gens qui m’ont gentiment recalée dans ma petite case de « femme ». Premier lieu où l’on m’a prise pour une furie qui osait réclamait des droits, qui osait se plaindre d’être une femme. Premier lieu où l’on m’a reproché mon « extrémisme ». Et dire que ce n’était qu’un lieu où j’échangeais avec mes « amis »…

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L’éducation

Progressivement, j’ai pris conscience de beaucoup de choses, notamment sur le plan de l’éducation. Vous aussi, vous avez dans votre famille le cas de petites filles que l’on habille en rose et à qui l’on offre des poupées, et de petits garçons que l’on habille en bleu et à qui l’on offre des voitures ?

Quand j’étais petite, je rêvais d’avoir une voiture télécommandée. J’en mourrais d’envie, mais pourtant, c’est un secret que j’ai gardé enfoui en moi pendant de très longues années. Et vous savez pourquoi ? Parce que « les voitures, ce sont les jouets des garçons ». En soumettant une telle demande à mes parents, j’avais peur qu’ils me prennent pour un garçon. Maintenant, je me demande bien quelles conséquences cela aurait pu avoir. Au pire, je risquais juste qu’on me rit au nez, non ? Eh bien, cette peur était tellement enracinée en moi que j’ai attendu mes 16 ans avant de le confier à mes parents. Et ce jour-là, mon père m’a offert une voiture télécommandée, et j’étais aussi ravie qu’une enfant. Pourtant, jamais je n’ai été élevée avec l’idée que les filles ne pouvaient pas faire des activités de garçons. La société s’est chargée de me l’enseigner.

Mon amie Marie vient récemment d’avoir un bébé. Elle nous confiait la dernière fois la difficulté de trouver des vêtements pour petite fille qui ne soient pas roses. Dès la naissance, les petites filles sont conditionnées pour être des princesses, prendre sur elles, ne pas faire trop de bruit, être discrètes. Là où l’on enseigne aux garçons à être forts, ne pas pleurer, chahuter. Pourquoi de telles différences ?

Il y a vraiment beaucoup de progrès à faire dans ce domaine. A commencer par de la sensibilisation. J’ai autour de moi plusieurs amies qui ne veulent pas d’enfants (et c’est leur droit, la société ne devrait pas leur imposer le « tu finiras par changer d’avis », comme si avoir des ovaires leur imposait l’instinct maternel.). Ce n’est pas mon cas : je veux des enfants, j’en ai toujours voulu. Parce que j’ai à coeur de leur transmettre ces valeurs : une éducation sans sexisme, féministe. Je veux avoir une fille pour lui apprendre qu’elle peut faire autant qu’un garçon. Je veux avoir un fils pour lui apprendre qu’il a le droit de pleurer s’il a mal. Je pense que cette génération à son tour fera évoluer les choses, et que le temps fera son oeuvre.

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Les violences gynécologiques

Inévitablement, après les problèmes d’éducation, je me suis intéressée aux violences gynécologiques. Un problème dont on parle de plus en plus ces derniers temps, ENFIN ! Dois-je seulement vous rappeler en quelle année l’IVG est devenue légale en France ? 1975, pour ceux qui l’ignorent (merci Madame Veil !).

Avez-vous déjà entendu parler du point du mari ? Pour ne citer que lui. Lorsqu’une femme subit un accouchement, il se peut qu’elle subisse un déchirement. Et que les gynécologues recousent… un peu plus que prévu, pour favoriser le plaisir sexuel du mari. Un point de suture supplémentaire et pas nécessaire, appelé « point du mari », qui peut se révéler atrocement douloureux pour la jeune maman. Le plaisir du mari passe avant celui de sa femme…
Et les épisiotomies forcées ? Par « confort » pour les gynécologues, combien d’épisiotomies sont pratiquées alors qu’elles sont loin d’être nécessaires ? Le nombre est tout simplement ahurissant. Des statistiques qui donnent presque envie de ne pas faire d’enfants…

Être une femme nous confronte à ces problèmes que les hommes ne connaissent pas et ne connaîtront jamais. Le sentiment d’injustice qui s’emparait progressivement de moi a fini par enfler lorsque j’ai découvert tout cela. Des choses auxquelles je n’avais pas encore été confrontées et qui seraient pourtant un problème que j’allais devoir affronter un jour. Pourquoi ? Parce que je suis une femme.

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Les violences sexuelles

Par association d’idée, j’en arrive aux violences sexuelles. Probablement le sujet le plus personnel et le plus universel qui soit dans cet article, pourtant. Je ne vais pas vous partager les enseignements de la vague #MeToo, vous êtes sûrement déjà au courant. J’étais bien évidemment l’une de ces personnes, moi aussi. Agression sexuelle, viol. Il est difficile de poser ces mots, impossible de les retirer une fois posés.
Je ne suis pas ici pour témoigner de mon expérience personnelle sur le sujet, mais comme malheureusement beaucoup de femmes qui liront cet article, c’est une chose à laquelle j’ai été confrontée, et à laquelle je n’ai pas forcément su réagir. J’ai envie de me battre pour que toutes les femmes (plus ou moins jeunes) aient les moyens de se défendre contre ça. Et cela passe évidemment non seulement par la pédagogie (expliquer ce qu’est un viol) mais également par la sensibilisation. Inculquer de nouvelles notions dans les lycées tel que le viol conjugal, le slutshaming. Recentrer la responsabilité des violences sexuelles sur l’agresseur, et non sur la victime. Jamais sur la victime.

Je crois qu’à partir de ce jour-là, j’ai su que j’étais féministe. Et que le féminisme a été une véritable bouée de sauvetage à laquelle je me suis accrochée. Je voulais aider. Je voulais être utile. Je voulais faire quelque chose. Je voulais faire bouger les choses, évoluer les mentalités.

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Le sexisme au travail

Dans mon parcours, après mes études, j’en suis évidemment arrivée à la case « vie professionnelle ». Comment ignorer toutes les discriminations subies par les femmes au quotidien ? Moins de femmes embauchées car – oups – les femmes portent les bébés. Des femmes moins payées parce que… eh bien, ce sont des femmes. A boulot égal, pas de salaire égal pourtant. J’ai déjà eu cette discussion avec un ami qui me soutenait qu’à compétences égales, il était normal d’embaucher un homme plutôt qu’une femme, car la femme pouvait poser un congé maternité. Pardon ?
L’une des solutions est toute trouvée : il faut militer pour le congé paternité. Parce que l’égalité passe aussi par là !

Et puis, je pose juste cette information là, parce que je ne savais pas vraiment où la poser : les femmes n’ont le droit de vote que depuis 1944. Le droit de porter des pantalons depuis 2013 (oui oui ! Jusqu’alors, une loi interdisait le port des pantalons aux femmes !). Le droit d’avoir un compte en banque depuis 1965. Et donc d’être indépendante financièrement depuis moins de 100 ans. Voilà.

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La charge mentale

En dehors de la sphère professionnelle, le féminisme est également nécessaire à la sphère privée. J’en parlais précédemment au sujet des viols conjugaux, mais à une échelle bien moins douloureuse, d’autres attitudes de la vie quotidienne nécessitent également un petit coup de balai. Combien de mes amies font la cuisine pendant que leur mec regarde le foot… Combien de mes amies s’occupent du ménage tandis que leur mec bricole… Oui, même dans des cercles d’intimité intelligents et cultivés, ce genre de schéma se reproduit. Moi-même, il y a quelques années, je l’ai reproduit. Aujourd’hui, je sais que je ne suis plus prête à tolérer ce genre de comportement dans mon environnement personnel.
Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : on peut être une femme et aimer cuisiner. J’en parlerai plus longuement dans le prochain paragraphe. Mais ce n’est pas parce que l’on est une femme que l’on DOIT aimer cuisiner. 

C’est par le biais d’une bande dessinée d’Emma que j’ai découvert le terme de « charge mentale ». Et j’ai eu l’impression de mettre le doigt sur quelque chose de très familier. Vous savez, cette impression qu’a la femme de penser à tout à la place de l’homme. Cette double journée qu’elle doit subir, après être rentrée du boulot, en effectuant son devoir de femme à la maison : cuisiner, nourrir les enfants, faire la lessive, etc. C’était donc ça, la charge mentale.

Puisque nous en sommes à la « sphère privée », je tiens à partager avec vous une information que je trouve essentielle : les hommes, lorsqu’ils se marient, ont le droit de prendre le nom de leur épouse. C’est une information très importante je trouve, et pas suffisamment diffusée. Pour moi, en tout cas, elle a de la valeur : n’ayant que des cousines, mon nom de famille risque de s’éteindre avec ma génération. Pour veiller à le transmettre, j’aimerais donc que mes enfants portent mon nom, tout comme mon mari. Pensez-vous que je réussirai un jour à trouver la perle rare qui acceptera cette concession ? Je le souhaite de tout mon coeur.

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Être une « mauvaise féministe »

On en arrive à un gros cas de conscience auquel je suis confrontée à peu près chaque jour de ma vie. J’ai beau savoir que la société me dicte d’aimer le rose et que c’est probablement pour cette raison que je l’ai intégré… j’aime le rose. Mais c’est mon droit. Tout comme j’aime me maquiller, me revendiquer « princesse », porter des robes, des jupes, des talons, cuisiner… Et ça ne m’empêche pas d’être féministe. J’aime aussi qu’on me tienne la porte, par exemple, cette « galanterie » que j’appelle personnellement de la « politesse ». Est-ce que ça m’enlève mon féminisme pour autant ? Est-ce que mes convictions en sont ébranlées ? Pas le moins du monde.

J’ai un peu plus de mal en revanche avec la vision de mon corps. Je sais pertinemment que je le déteste à cause du regard de la société. A cause de la publicité, de l’image de la femme qui se répand à la télévision ou dans la rue à longueur de journée, je n’y peux rien. Lutter contre les a priori sur mon poids, sur mon corps, sur mon image, c’est compliqué à gérer. Et je n’y arrive pas autant que je le souhaiterais.
Dans mon féminisme personnel, il me reste encore des combats à mener, et celui-ci en fait partie.

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Le club de lectures féministes

De toutes ces réflexions m’est venue l’envie de me familiariser avec des ouvrages féministes. Et je me suis rendu compte que je ne savais pas où en trouver ! C’est alors que l’idée de créer le club de lectures féministes a pointé le bout de son nez. Un endroit où je pourrais discuter avec des personnes intéressées par les mêmes idées et réflexions que moi, où je pourrais soumettre des propositions de lectures pour élargir mon opinion, où l’on pourrait m’en donner… C’est ainsi qu’est né le club.
Et bien vite, nous en sommes venues à ne pas nous restreindre aux lectures. Le club permet d’aborder des sujets d’actualité, des questions que nous souhaitons poser aux autres, des réflexions qui nous traversent. Nous n’avons de cesse de nous interroger, et c’est un premier pas vers l’égalité. Ne jamais considérer comme acquis des comportements que nous avons intégrés depuis toujours est l’une de mes priorités, et ce groupe sert à me le rappeler.
J’ai trouvé dans ce club que j’ai fondé un accueil bienveillant, je me suis sentie écoutée, comprise, bien moins isolée que ce que je pensais. Enfin, je parlais à des personnes dont les convictions étaient similaires aux miennes ! Et enfin, ces personnes me répondaient avec intelligence. J’étais loin des premiers affrontements tâtonnants sur Facebook avec des gens pour qui le féminisme était aussi important que leur dernière chaussette sale… Je suis fière du petit groupe que nous constituons, je suis heureuse d’avoir su composer une communauté comme celle-ci. Et si vous voulez nous rejoindre, n’hésitez pas.

Pour aller plus loin, quelques lectures :
Nous les filles de nulle part, Amy Reed
Libérées, Titiou Lecoq
Chère Ijeawele, Chimamanda Ngozi Adichie
Nous sommes tous des féministes, Chimamanda Ngozi Adichie
Une fille facile, Louise O’Neil
– liste à compléter avec vos (nombreuses) suggestions en commentaire !

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Ma volonté avec cet article a été de vous montrer que le féminisme n’est pas un gros mot, ni une insulte. Mais qu’il a une nécessité, un but, une raison de vivre. J’ai balayé des sujets qui me sont chers, mais la liste est loin d’être exhaustive. Je vous invite à me signaler en commentaire si vous souhaitez que je propose de nouveau ce genre d’article si jamais l’occasion se présente. Je sais pertinemment que j’ai oublié beaucoup de thématiques dont j’aurais pourtant aimé vous parler.

Aujourd’hui encore, j’ai du mal à faire accepter mon identité de « féministe » à mes proches. Beaucoup me voient comme une extrémiste, et cette idée me blesse énormément, car ce n’est pas vrai. Je veux simplement avoir des droits, les mêmes que les hommes. Non seulement pour moi, mais aussi pour mes proches, et pour mes enfants plus tard. Je veux vivre dans un monde plus juste.
J’ai appris à accepter l’idée que certaines personnes me « catégorisent » avec cette « étiquette ». Féministe, c’est un titre, un mot, un rôle que j’assume et dont je suis fière. Principalement envers les gens que je rencontre. Je suis fière d’avoir des convictions et de me battre pour les faire entendre. Mais c’est plus difficile lorsque je ne me sens pas soutenue par mon entourage, qui ne me comprend pas. Car moi non plus, je ne les comprends pas. Un jour que j’espère très prochain viendra, et j’espère être là pour pouvoir montrer l’utilité de ce combat.

Je ne fais pas cela pour jouer un rôle, pour me donner de l’importance, pour être quelqu’un ou que sais-je. Je suis presque tentée de dire que « mes convictions ne concernent que moi », mais c’est faux. Oui, j’ai envie de les montrer, de les partager. Parce que c’est un combat que je sais juste. Parce que j’ai sincèrement l’impression d’être utile, et je pense que chacun d’entre nous à son échelle peut contribuer à établir une société plus juste. Il n’y a pas de petit geste pour éradiquer le sexisme, nous pouvons tous y participer.

La Parisienne

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