Vox
Christina Dalcher

Parmi les dernières parutions de la sphère littéraire, Vox est le roman qui m’attirait le plus. Depuis que j’ai vu son booktrailer sur Twitter, ce roman m’obsède et il me tardait de l’ouvrir, ce qui est enfin fait. Je remercie les éditions Nil pour cette lecture.

Le résumé

Jean McClellan est docteure en neurosciences. Elle a passé sa vie dans un laboratoire de recherches, loin des mouvements protestataires qui ont enflammé son pays. Mais, désormais, même si elle le voulait, impossible de s’exprimer : comme toutes les femmes, elle est condamnée à un silence forcé, limitée à un quota de 100 mots par jour. En effet, le nouveau gouvernement en place, constitué d’un groupe fondamentaliste, a décidé d’abattre la figure de la femme moderne. Pourtant, quand le frère du Président fait une attaque, Jean est appelée à la rescousse. La récompense ? La possibilité de s’affranchir – et sa fille avec elle – de son quota de mots. Mais ce qu’elle va découvrir alors qu’elle recouvre la parole pourrait bien la laisser définitivement sans voix…
Christina Dalcher nous offre avec Vox un roman dystopique glaçant qui rend hommage au pouvoir des mots et du langage.

Mon avis

Nous voilà plongés au coeur d’une dystopie pas si éloignée de notre civilisation, car elle se situe à peine quelques années après 2019, à en croire les indices temporels glissés par l’auteure. Christina Dalcher plante un décor plus que réaliste dans lequel nous n’avons malheureusement pas beaucoup de difficultés à entrer : il est question d’un mur qui sépare les Etats-Unis du Mexique, d’un président un peu fou qui conduit son pays à la censure… est-ce que cela vous rappelle quelque chose ? Nous sommes bien dans l’Amérique post-Trump, et l’auteure n’épargne pas la vie politique de son pays.

Dans cette société régressive, les femmes n’ont plus droit à la parole : un compte-mot leur impose une limite de 100 mots par jour. Comment en est-on arrivés là en si peu de temps ? C’est assez terrifiant de voir à quel point ce tournant fictionnel fut rapide : confiscation des passeports, instauration d’un culte obligatoire, suppression des libertés individuelles, et nous mettons en place une bonne société patriarcale bien rétrograde.
J’ai vraiment aimé prendre conscience de la chance que j’ai d’évoluer dans un pays démocratique qui lutte chaque jour un peu plus pour les droits de la femme. Je ne dis pas que l’égalité est déjà acquise, mais simplement que le gouvernement fait des efforts en ce sens, et que nous ne sommes pas au contraire face à un pouvoir politique qui fait reculer cette cause.

Ce roman contient des longueurs. On peut faire la distinction entre une première partie qui met en place l’intrigue, en expliquant comment progressivement les choses ont mal tourné, et une deuxième partie qui se situe plus dans l’action et qui pourtant m’a paru plus lente et qui m’a plus ennuyée. Jean fait face à une multitude de dilemmes : Patrick ou Lorenzo, Sonia ou le bébé, parler ou se taire. Il n’y a pas de choix meilleur que les autres, mais par la force des choses elle sera une fois de plus contrainte à agir.
Je ne me suis pas particulièrement attachée à l’héroïne. Elle était plus un prétexte à l’intrigue qu’une véritable figure emblématique, elle manquait un peu de tranchant, de caractère, d’affirmation. Néanmoins, j’ai trouvé intéressant de faire face à une héroïne qui a ses torts et qui reconnaît n’avoir rien fait pour lutter contre la mise en place de ce système malsain.

Le dénouement ne m’a pas particulièrement surprise. Je m’attendais davantage à une fin en suspens, à l’instar de la Servante Ecarlate qui présente beaucoup de similitudes avec Vox. Les détracteurs des fins ouvertes seront donc satisfaits de ce dénouement qui, pour ma part, m’a légèrement frustrée.

En conclusion

Si vous aimez les dystopies engagées, les romans porteurs de messages, les lectures qui font réfléchir, alors ne cherchez plus : Vox est fait pour vous. Voilà un roman fort, menaçant, glaçant par son efficacité et son redoutable réalisme. Plongez-vous dans la vie de Jean, je vous assure que vous n’en sortirez pas indemnes. Un roman à découvrir assurément !

La Parisienne

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